Le Grand Musée

Le Grand Musée

de Johannes Holzhausen

  • Le Grand Musée
  • (Das große Museum)

  • Autriche2014
  • Réalisation : Johannes Holzhausen
  • Scénario : Johannes Holzhausen, Constantin Wulff
  • Image : Joerg Burger, Attila Boa
  • Son : Andreas Pils, Andreas Hamza
  • Montage : Dieter Pichler
  • Producteur(s) : Johannes Rosenberger
  • Distributeur : Jour2fête
  • Date de sortie : 4 mars 2015
  • Durée : 1h34

Le Grand Musée

de Johannes Holzhausen

Un organisme


Un organisme

Un documentaire arpentant les couloirs d’une institution : ces dernières années, le cinéma nous donne majoritairement du genre la figure de Frederick Wiseman, dont le travail a regagné en visibilité dans les salles. On a d’ailleurs remarqué la façon qu’a ce cinéaste d’épouser la structure même d’un bâtiment qu’il investit, d’y poster ses caméras comme des meubles doués de regard, observant l’institution comme un ensemble de micro-cellules à la position fixe mais où tout (acteurs, idées…) circule. Johannes Holzhausen, lui, n’a pas vraiment la même approche, même si notre réflexe un peu bête, alors qu’il nous balade dans le Kunsthistorisches Museum (Musée d’Histoire de l’Art) de Vienne, aura été de les mettre dans le même sac. Tandis que le réalisateur d’At Berkeley matérialise l’institution autant dans sa présence dans l’espace (les bâtiments) que dans les rouages humains qui assurent son fonctionnement, Holzhausen s’intéresse presque exclusivement aux activités humaines, s’attache aux pas des gens, jusqu’à jouir des mouvements qu’il suit, comme dans cette poursuite en plan-séquence d’un employé en patins à roulettes sur deux allées. Il filme moins une institution qu’une communauté.

Les lieux, eux, restent un décor au milieu duquel les occupants s’agitent, mais qui n’est pas inerte ni sans embûches. Le film a été tourné pendant une phase de restauration partielle du bâtiment principal, si bien que les employés doivent travailler dans un environnement modérément instable — à l’image de l’introduction où, au calme relatif du déplacement des œuvres, succède la violence de la pioche défonçant le plancher. Au milieu de ce chantier, la tâche de tous revient dans le fond à une même chose : perpétuer les activités du temps normal, mais aussi faire face aux changements nécessaires, redéfinir les rôles, les équilibres entre les services et les personnes (on notera les apparitions récurrentes de cette employée qui aimerait être plus remarquée par ses collègues). Soit, pour l’organisme, assurer la poursuite de son fonctionnement en dépit de tout, et en même temps — à l’instar de la restauration physique des lieux — refaire le point sur son identité présente et à venir (sachant que ce musée a la particularité, rare, d’avoir été spécialement érigé pour cette fonction).

Le changement dans la continuité

Il y a là une intéressante mise en abyme, le film laissant transparaître à quel point ce qui se produit sur le musée est à l’image du travail même de celui-ci : identifier les pièces, reconstituer leurs histoires souvent compliquées (comme celle de ce tableau commencé par un peintre et terminé par un autre, suscitant une érudite discussion de restaurateurs-enquêteurs), définir leur emplacement dans les lieux en anticipant les événements futurs. Se déploie ainsi une attachante évocation d’objets constitués et affirmés dans le changement, au passé et au présent, à travers l’histoire et dans les décisions à court terme. On pense à cet employé que l’on voit régulièrement dans une pièce au calme, à consulter des documents seul et en silence. Quand la fin du film approche, on apprend que l’homme part à la retraite, échéance qu’il ne faisait qu’attendre. Disparaît-il de la communauté ? Pas tout à fait : son badge et autres documents le concernant seront soigneusement archivés dans une grande boîte parmi beaucoup d’autres. L’organisme peut muter, mais s’attache à ne rien perdre. Et le film de trouver de ce processus organique une ultime et belle illustration dans la peinture d’une métaphore bien appropriée : une tour de Babel, chaotique mais pérennisée par l’art, qu’il faut néanmoins déplacer.

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