Le retour de l’enfant prodige
Dix ans après Garden State, Zach Braff reprend un canevas s’inscrivant dans une évidente similitude et une continuité par rapport à cette première réalisation. Aidan (interprété par Zach Braff lui-même) est un acteur fauché enchaînant les auditions tandis que sa femme Sarah (Kate Hudson) travaille afin de faire vivre leur petite famille, installée paisiblement à Los Angeles. Les certitudes et les aspirations d’Aidan vont subitement s’effondrer lorsqu’il apprend que son père est tombé gravement malade.
Même s’ils ne portent pas les mêmes prénoms, les personnages de cette deuxième réalisation constituent en quelque sorte le prolongement possible des protagonistes du premier film. Le dépressif acteur de télévision Andrew Largeman de Garden State est devenu, sous les traits d’Aidan, un comédien toujours aussi fauché, qui accumule passivement les échecs, vraisemblablement déjà abattu par une vie qui ne semble lui avoir offert que les revers de la médaille. Reprenant de nouveau la thématique du passage à l’âge adulte, Zach Braff ancre la trajectoire personnelle d’Aidan dans un principe de décalage ; entre les aspirations personnelles du comédien et les obligations liées à la matérialité de la vie, entre les délires adolescents et ses responsabilités de jeune père de famille. Difficile en effet de trouver sa place et son véritable « rôle » pour celui qui « se cherche » encore, malgré les présupposés liés à son âge.
Le sentiment d’inadéquation d’Aidan par rapport à son propre environnement permet ici d’articuler avec intelligence la trame narrative du film comme une sorte d’entreprise ironique. Cette dernière offre à notre anti-héros un espace de liberté dont le caractère éphémère est sans cesse souligné par un rappel à l’ordre constant, qu’il provienne d’une instance extérieure ou de la proximité de la mort. Ce principe ironique agit à l’intérieur du film comme un miroir déformant qui accentue la dichotomie entre l’American way of life rêvé et celui qui est vécu, comme si la maladie du père ne constituait finalement que l’événement déclencheur d’un délitement déjà annoncé, mais que Aidan se serait évertué à repousser.
L’aveu de la maturité
Si cette deuxième réalisation permet à Zach Braff de gagner en finesse par rapport à Garden State, c’est sans doute parce que le passage à l’âge adulte se retrouve ici démultiplié, comme partagé par l’ensemble des protagonistes. Qu’il s’agisse du changement capillaire de la jeune Grace ‑la fille d’Aidan- ou de l’agacement de Sarah envers un patron abusif, la maturité s’éprouve ici comme un arrachement des personnages à un quotidien figé, supposé prédéterminé. La question de la mort devient alors, à son tour, moins l’expression d’une étape douloureuse et nécessaire de la vie, que l’apprentissage ironique d’une certaine forme d’épanouissement.
Dans ces conditions, l’on pourra regretter l’absence de réelle exhaustivité de Zach Braff, qui esquisse davantage les questions ouvertes plutôt que les réponses concrètes, comme si, à la manière d’Aidan, il devenait trop douloureux de se positionner réellement face au monde. La question de la transmission est ainsi explorée à travers celle de la famille et de la judaïté, mais il s’agit moins d’affirmer un point de vue que d’offrir des situations dans lesquelles les croyances des personnages sont perpétuellement tournées en dérision, comme pour évincer systématiquement toute réelle tentative de réponse. Une attitude plutôt étonnante pour un film prétendant dépoussiérer et réajuster, certes avec humour, les vieux rêves adolescents.