Un Paris en effervescence, une femme en transit, un homme intrigant, une rencontre de hasard, une aventure fugace mais intense… Si l’aventure sexuelle de passage a rarement été objet d’un film pour elle seule (sans qu’on s’attarde sur d’éventuels lendemains), l’essai de Jérôme Bonnell sur ce thème accuse d’étranges ressemblances avec un autre : Vendredi soir de Claire Denis. Autant dire que l’inévitable comparaison qui s’ensuit, voulue ou non, n’est guère flatteuse pour le plus récent — pas uniquement sur le plan de la qualité, mais parce que le chemin pris par l’un met en lumière les limites de l’autre.
Au fond, le terme « aventure » trouve mieux sa place à propos de Vendredi soir. Autour de la rencontre entre Valérie Lemercier et Vincent Lindon, le film de Claire Denis tisse un entrelacs de sensations, de tensions, de suggestions parfois abstraites, motif protéiforme propre à travailler la dimension d’incertitude de l’incartade à deux, tel un numéro de funambule privé d’entraves et livré à une liberté dangereuse. Le motif est assez pluriel et de niveaux d’abstraction divers pour nimber le récit sans le corseter, et même les prémices scénaristiques (la femme face à un engagement incertain) s’estompent au profit du langage de l’image qui traduit les pulsations de chaque instant.
Petits plaisirs
Dans Le Temps de l’aventure, en revanche, Jérôme Bonnell s’ingénie à faire la démonstration des balises de son récit, à exposer les motifs et les arrière-pensées avec lesquels il organise la rencontre entre ses amants d’un jour, Emmanuelle Devos et Gabriel Byrne. Cette rencontre n’apparaît que comme le prétexte pour raconter ce qu’il a mis en place autour. Voilà donc une jeune femme de passage à Paris où elle se trouve un peu paumée, forcée de tenter — souvent en vain — de communiquer avec son compagnon régulier depuis des cabines téléphoniques, et évidemment pas mal en recherche d’elle-même et d’une contenance d’adulte entravée par quelques élans d’immaturité. Pour bien signifier ce dernier point très important, elle se révèle actrice, d’où une séance d’essai de casting se voulant décalée (attention ! double évocation du cinéma français et d’une femme assumant mal sa personnalité !). On s’en doute très tôt : sa recherche un peu folle d’aventure avec un Britannique entrevu dans un train est vue avant tout par le réalisateur comme un moyen pour le personnage de se trouver elle-même, fonction adéquatement signifiée par la dispute cathartique aux allures de déballage avec la sœur bourgeoise.
On aimerait pouvoir être touché par le doigté dont Bonnell sait parfois faire preuve pour dépeindre cette rencontre proprement dite, dans le traitement sans chichis des étreintes ou dans l’émouvante scène d’adieux où tout tient dans le non-dit. Mais on perçoit trop, par ailleurs, sa petite satisfaction à traiter une périphérie pas aussi intéressante qu’il le croit et qui agit comme un corset : dans un personnage raidi par les clichés vagues sur la quête de soi (malgré la bonne volonté d’Emmanuelle Devos) ; dans la trop grande place des bons mots de scénariste (surtout dans les altercations, que ce soit avec un cafetier ou dans la grande scène de dispute familiale démonstrative) ; mais surtout dans ces situations qui, si débridées qu’elles se veuillent, se montrent surtout pour sur-signifier la supposée finesse d’écriture de Bonnell autour d’un thème donné. L’aventure qu’il concocte pour son héroïne s’apparente, pour le spectateur, à un parcours d’obstacle qu’on emprunte machinalement.