Mélodrame mâtiné de fantastique, le deuxième long-métrage de Léa Mysius finit par liquider son étrangeté inaugurale jusqu’à ce qu’il ne reste in fine qu’un véritable mystère : le sens de son titre. On ne comprend pas en effet s’il renvoie à un groupe de personnages ou aux cinq sens, déjà au cœur d’Ava, portrait d’une jeune fille perdant la vue. Ce flou est à l’image des Cinq diables, dans lequel Mysius se montre bien plus douée pour distiller des signaux troublants que pour filmer ce qui se cache derrière. Joanne (Adèle Exarchopoulos) et Jimmy (Moustapha Mbengue) y sont confrontés, avec leur fille Vicky (Sally Drame), au retour de Julia (Swala Emati), la sœur de Jimmy, qui n’est plus la bienvenue dans leur village. Grâce à son odorat surdéveloppé, Vicky va alors déchiffrer les secrets familiaux et tenter de comprendre d’où vient la haine que suscite la revenante.
Servie par la lumière bleutée de Paul Guilhaume, Mysius installe alors une inquiétante étrangeté qui prépare la bascule vers le surnaturel, lorsque Vicky découvre sa capacité à voyager dans le passé à travers les odeurs. Les premiers flashbacks produisent une réelle sensation de dérèglement, notamment grâce à leur introduction abrupte (par des raccords qui propulsent Vicky dans le passé) et aux boucles temporelles que dessine alors le scénario. Malheureusement, Mysius dilue peu à peu cette inspiration dans un récit convenu et truffé de motifs éculés. On songe notamment à plusieurs scènes qui n’apportent pas grand-chose à l’intrigue, comme celles où Vicky est harcelée par ses camarades. Mysius donne alors l’impression de remplir une sorte de cahier des charges mélodramatique, plutôt que de faire pleinement droit aux idées de mise en scène plus intrigantes d’abord entrevues. Elle finit même par conclure paresseusement le film sur un ultime signal sans implications, twist vide qui récapitule malgré lui les errements des Cinq diables.