Les Randonneurs à Saint-Tropez

Les Randonneurs à Saint-Tropez

de Philippe Harel

  • Les Randonneurs à Saint-Tropez

  • France2008
  • Réalisation : Philippe Harel
  • Scénario : Sylvie Bourgeois, Éric Assous, Philippe Harel
  • Image : Laurent Machuel
  • Décors : François Emmanuelli
  • Costumes : Anne Schotte
  • Son : Jacques Pibarot
  • Montage : Julie Clémencin
  • Musique : Labo Orchestra (Jérôme Rebotier et David Hadjadj)
  • Producteur(s) : Adeline Lecallier
  • Production : Lazennec Productions, TF1 Films Production, K2
  • Interprétation : Karin Viard (Cora), Géraldine Pailhas (Nadine), Benoît Poelvoorde (Éric), Vincent Elbaz (Mathieu), Philippe Harel (Louis), Cyrielle Clair (Tiffany)
  • Distributeur : TFM Distribution
  • Date de sortie : 9 avril 2008
  • Durée : 1h35

Les Randonneurs à Saint-Tropez

de Philippe Harel

Plouf


Plouf

L’affiche nous prévenait pourtant : « Vous les avez laissés à la montagne… ils reviennent par la mer. » Il est vrai qu’on attendait la suite du film au succès honorable de Philippe Harel avec une impatience à peine avouable. On avait peur aussi, et on avait raison tant Les Randonneurs à Saint-Tropez représentent le vide le plus sidéral, le plus effrayant. Après Langmann et sa longue publicité, Harel revient avec un budget moins lourd (il n’y ni Zidane ni Tony Parker dans le film) et un film de copains qui tombe à l’eau dans les dix premières minutes et n’a même pas la sympathie du premier volet, qui a donc pris dix ans.

Que diable sont allées faire Géraldine Pailhas et Karin Viard dans cette galère ? Actrices confirmées, on espère dans les premiers plans qu’elles s’en sortiront. Mais le film a évité si soigneusement d’écrire tout dialogue, toute mise en scène et de construire toute direction d’acteurs que les uns et les autres s’épuisent à tour de rôle dans le médiocre le plus total. Le problème des suites est qu’elles conjuguent en général changement de décor et de budget. L’humour pince-sans-rire et léger convient davantage dans ce cas précis (comme pour Les Bronzés d’ailleurs) à un espace réduit, déterminé, propice au gag potache, au comique de geste et de situation. Lorsque la forêt des Randonneurs est remplacée par Saint-Tropez, l’unicité du groupe de personnages par une ribambelle de seconds rôles ‑dont un particulièrement ridicule de bimbo qui lit Heidegger- et d’explications bas de gamme, les suites perdent leur mordant agréable pour s’éparpiller et perdre ce qui faisait leur maigre substance.

Nos cinq amis, jadis marcheurs inconscients et râleurs sur le GR20, deviennent ici découvreurs du monde qui fait rêver les spectateurs fidèles de TF1 : la jet-set, son champagne gratis, sa musique, ses discussions et déboires d’ambiance. Tout commence à Paris où Nadine (G. Pailhas) se perd encore dans des relations sans avenir, Cora (K. Viard) dans un mariage sans futur, Mathieu et Louis (V. Elbaz et P. Harel) dans une fratrie déconfite… et finit à Saint-Tropez dans les embrouilles mafieuses d’Éric (B. Poelvoorde) qui, on ne sait trop comment, est passé du guide de montagne au guide de jet-setteurs. Tout le monde aura appris à la fin du film une leçon mémorable de vie. C’est d’ailleurs à cet endroit que le message des Randonneurs 2 paraît presque méprisable : chacun des personnages découvre sa propre médiocrité au contact de l’argent. C’est grâce à leur expérience au sein du Saint-Tropez estival que, via la découverte d’un monde qui fait rêver (les seins refaits, les yachts et les olives dénoyautées à volonté), ils comprennent leur médiocrité. Si l’on suit ce raisonnement, peu de Français sont donc aptes au bonheur et au réalisme.

Malgré ce « discours » si platement reproduit à l’écran que l’on se demande s’il est conscient, on remarque également une absence totale d’imagination : Saint-Tropez est donc un yacht, des embouteillages et un appartement. Comme tout film qui prend le cinéma pour un prétexte à démonstration, Les Randonneurs à Saint-Tropez ne comporte que des dialogues très anodins et sans créativité (« elle est bonne, viens ! », « ah non, ne me jette pas à l’eau »), et une représentation (un inintérêt ?) des personnages criante. Il est fort probable que Philippe Harel (très mauvais acteur au demeurant) ait voulu renflouer les caisses… mais on peut espérer que le récent « échec » ‑couronné par une unanimité publique et critique de déception- des films auto-proclamés succès avant leur sortie ouvre la voie à un nouveau désaveu. Il ne faut pas non plus prendre les téléspectateurs pour des cons.

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