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Les Révoltés

Les Révoltés

de Simon Leclère

  • Les Révoltés

  • France, Belgique2013
  • Réalisation : Simon Leclère
  • Scénario : Simon Leclère
  • Image : Pascale Marin
  • Décors : Erwan Le Floc'h
  • Costumes : Julia Bourlier
  • Montage : Avril Besson
  • Musique : Rémi Boulal
  • Producteur(s) : Delphine Schmit, Isabelle Mathy
  • Production : Perspective Films, Iota Production
  • Interprétation : Paul Bartel (Pavel), Solène Rigot (Anja), Gilles Masson (Maciek)...
  • Collaboration à l'écriture : Agnès Feuvre, Emmanuelle Jacob
  • Distributeur : Jour2fête
  • Date de sortie : 15 juillet 2015
  • Durée : 1h20

Les Révoltés

de Simon Leclère

Les obligés


Les obligés

Ce n’est évidemment pas à prendre comme une règle, mais quand le titre d’un film fait vibrer une corde résonnant de promesses qui ne seront finalement pas tenues, il est parfois légitime d’être déçu. Déçu, par exemple, qu’un film intitulé Les Révoltés se montre si peu révolté, s’attendant peut-être à ce que le spectateur se révolte à sa place. Le premier long métrage de Simon Leclère marche trop sagement dans les clous d’un genre bien rodé dans le cinéma français (et même belge, puisque c’est une coproduction), celui de constats sociaux articulés en drame naturaliste aux accents de thriller, traitant des zones troubles du monde du travail, en l’occurrence des compromissions qui lui sont inhérentes, et de comment celles-ci prennent leur dû sur l’humain — créneau abondamment arpenté chez nous et nos voisins, par exemple chez les Dardenne, dans Ressources humaines de Cantet, ou récemment dans La Loi du marché de Stéphane Brizé.

Voici donc Pavel, jeune ouvrier et fils d’ouvrier, et qui en pince pour son amie d’enfance Anja. Frustré à la fois par sa découverte des turpitudes du monde du travail et par le fait que la jeune fille persiste à ne le voir que comme un ami, il disparaît dans la nature et entreprend de dénoncer les magouilles derrière le plan social qui menace son usine. Il aimerait bien qu’Anja partage sa rébellion, mais ce n’est pas si simple… Tout le long du film, on devine le soin qu’a mis Simon Leclère à composer son drame où désirs amoureux et luttes égoïstes pour les positions sociales s’entrechoquent, se confondent ou se rejettent dans une grande mare d’ambiguïtés. L’ennui est que le résultat peine à être plus que cela : une composition soignée, des lignes d’intention intelligentes qui s’expriment mais ne s’incarnent pas vraiment à l’écran, une histoire de révolte où la révolte n’est qu’un accessoire de l’histoire.

Où sont les ressources humaines ?

Un bête exemple des traits naturalistes restés figés dans le scénario : on laisse entendre que cela se passe dans une communauté d’origine polonaise, mais ce détail démographique reste purement anecdotique, ne suscitant qu’une fade scène de cours de langue au coin du feu se terminant par « je t’aime»… D’une manière générale, tout le film semble prisonnier de son objectif de délivrer un drame social, enchaînant ses scènes comme des passages obligés pour rendre son récit crédible, au lieu de laisser entendre une vision personnelle et non conventionnelle sur ce qui est filmé. Ainsi les scènes d’interactions dans le monde du travail, qu’on devine empreintes de l’hypocrisie des rapports entre patronat et salariés, échouent à rendre cette dimension, donnant seulement l’impression d’être grossièrement jouées. La moindre dispute rappelle celles de cinquante autres films, jusque dans les claquements de portes de vestiaire. Pavel et Anja finissent par coucher ensemble sans qu’on ait vraiment vu s’incarner la réciprocité du désir, comme si seule l’intention d’ambivalence du scénario exigeait que les choses avancent de ce côté-là… Trop de scènes sont à cette aune : forcées, appesanties, manquant de sincérité, préférant l’allégeance à une vision déjà cultivée et digérée dans l’académisme.

C’est d’autant plus rageant que le film, moins démonstratif et antipathique que d’autres dans son genre, ne manque pas de ressources prometteuses. Il y a, au milieu, cette évasion du héros, cette marginalisation volontaire d’un jeune homme aux intentions de justicier (inspiré par l’exemple de son père, ancien délégué syndical déchu) qui pourrait ouvrir une porte vers un imaginaire moins empesé par le naturalisme (hélas, celui-ci reviendra au galop). Il y a surtout ces personnages qu’on imagine porteurs de paradoxes jusqu’à la névrose, partagés qu’ils sont entre leurs inclinations intimes (sexuelles) et leurs objectifs sociaux. Mais c’est là, peut-être, que Les Révoltés butte le plus durement : il peine à faire de ses personnages une incarnation convaincante de ces paradoxes, notamment concernant Pavel qui ne semble devoir balancer entre les inclinations de son cœur et sa quête de justice qu’au gré des besoins du drame, jusqu’à donner le prétexte à la noirceur finale. C’est précisément l’un des travers de ce « cinéma-social », dont les constats servent avant tout de prétexte à la dramaturgie, au risque de banaliser terriblement le regard que permet le cinéma sur la société.

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