Les Saveurs du palais
Les Saveurs du palais
    • Les Saveurs du palais
    • France
    •  - 
    • 2012
  • Réalisation : Christian Vincent
  • Scénario : Étienne Comar, Christian Vincent
  • Image : Laurent Dailland
  • Son : Cyril Moisson, Vincent Guillon, Stéphane Thiébaut
  • Montage : Monica Coleman
  • Musique : Gabriel Yared
  • Producteur(s) : Étienne Comar, Philippe Rousselet
  • Production : Armada Films, Vendôme Production
  • Interprétation : Catherine Frot (Hortense Laborie), Jean d'Ormesson (le président), Hippolyte Girardot (David Azoulay), Arthur Dupont (Nicolas Bauvois), Jean-Marc Roulot (Jean-Marc Luchet), Arly Jover (Mary), Brice Fournier (Pascal Lepiq)…
  • Date de sortie : 19 septembre 2012
  • Durée : 1h35
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Les Saveurs du palais

réalisé par Christian Vincent

La mode gastronomique a encore sévi : Les Saveurs du palais nous emmène dans la cuisine personnelle du président de la République, au moment historique où elle fut tenue par une femme. Le film est en effet inspiré d’une histoire vraie, celle de Danièle Delpeuch, qui occupa cette place pendant deux années mitterrandiennes. Un personnage probablement remarquable dans la réalité, mais que le modelage fictionnel affadit.

En tant que film de genre culinaire, Les Saveurs du palais est pourtant efficace. Depuis le premier plat, conçu et préparé par une Hortense fraîchement arrivée du Périgord, jusqu’aux défis des menus de gala, le film décrit bien la ferveur du personnage à élaborer les plats qui plairont à Monsieur le Président, leur préparation méticuleuse et alléchante, dans un étalage de produits qui exaltent ce bon vieux terroir français. Une façon résolument réactionnaire de faire saliver, assez obscène également dans son étalage de produits de luxe, mais qui fonctionne.

Plutôt que de se contenter de jouer sur ce registre, en y adjoignant des péripéties propres à créer une certaine tension dramatique, Christian Vincent s’attache en même temps à faire une sorte de portrait de la cuisinière. Il donne à Hortense une personnalité affirmée, aux multiples facettes : humilité, détermination, goût du travail bien fait, passion de la gastronomie… Mais s’il s’agit bien là d’un portrait, il est dressé à la façon superficielle et aseptisée des biographies officielles. Le film débute de façon assez inattendue sur une base scientifique au milieu de l’Antarctique où Hortense officie postérieurement à son passage à l’Élysée. Tout le récit se déroule par la suite au gré d’allers-retours temporels entre l’époque parisienne et l’époque antarctique. Cette dernière facette du film, qui délaisse la gastronomie pour apporter des informations sur le personnage et créer une sorte de contrepoint à la facette parisienne, est tout à fait symptomatique de l’échec du film en tant que portrait : il ne s’en dégage rien d’autre qu’un sentiment d’incongruité.

En plus de ces deux films dans le film, Les Saveurs du palais en renferme un troisième qui aurait pu s’intituler « Déboires d’une femme au 55 rue du Faubourg Saint Honoré ». Machisme des officiers de la cuisine centrale, rigidité protocolaire, complications administratives, contraintes du régime présidentiel : Hortense doit composer avec de multiples obstacles à l’épanouissement de son art. Pourtant, malgré l’excellente interprétation de Catherine Frot, tout cela est raconté de façon si plate que la démission à laquelle Hortense finit par se résoudre n’a rien du climax dramatique espéré : la souffrance du personnage ne nous a pas été rendue sensible. Une autre piste narrative glisse entre les doigts du réalisateur : la relation complexe qui unit Hortense au président (un Jean d’Ormesson fidèle à lui-même) aurait mérité d’être explorée. On comprendrait que la collaboration de Danièle Delpeuch à la création du film ait pu brider la créativité des scénaristes à cet égard. Ces Saveurs du palais viennent ainsi rappeler une fois de plus que la révérence envers les faits est bien l’ennemie du drame.