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Liz et l’oiseau bleu

Liz et l’oiseau bleu

de Naoko Yamada

  • Liz et l’oiseau bleu
  • (Rizu to Aoi tori)

  • Japon2018
  • Réalisation : Naoko Yamada
  • Scénario : Reiko Yoshida
  • Image : Kazuya Takao
  • Son : Yota Tsuruoka
  • Musique : Kensuke Ushio
  • Production : Kyoto Animation
  • Interprétation : Atsumi Tanezaki (Mizore Yoroizuka), Nao Tōyama (Nozomi Kasaki), Miyu Honda (Liz), Konomi Fujimura (Natsuki Nakagawa), Yuri Yamaoka (Yuko Yoshikaw), Shiori Sugiura (Ririka Kenzaki)
  • Distributeur : Eurozoom
  • Date de sortie : 17 avril 2019
  • Durée : 1h29

Liz et l’oiseau bleu

de Naoko Yamada

La mécanique du coeur


La mécanique du coeur

Rares sont les cinéastes capables de retranscrire avec justesse la complexité des sentiments adolescents, à un âge où tout se précipite et se trouble. Si les deux personnages principaux de Liz et l’oiseau bleu sont quasiment des adultes en devenir, impossible ici de ne pas avoir en tête la fin de Stand by me de Rob Reiner, qui résumait par son ultime réplique le caractère unique des amitiés adolescentes : « I never had friends like the ones I had when I was twelve. Jesus, does anyone ? ». Dans cette lignée, ce spin-off de la série d’animation japonaise Sound ! Euphonium intitulé Liz et l’oiseau bleu narre la relation entre Nozomi et Mizore, deux lycéennes amies depuis l’enfance. Hormis leur amour de la musique et les répétitions de l’orchestre dont elles font partie, les deux adolescentes n’ont rien en commun : si la première est extravertie et populaire, la seconde, timide, évite la compagnie de ses camarades. Vouant une admiration sans limite à Nozomi, Mizore n’existe qu’à travers son amie. C’est là que réside l’enjeu du film : comment s’affirmer et se libérer du regard que l’on pose autant sur autrui que sur soi-même ?

Les sens et le miroir

À l’instar de Silent Voice, la force de Liz et l’oiseau bleu passe par une mise en scène aussi maîtrisée que déconcertante : la grande majorité du film ne laisse apparaître que les pieds ou les jambes des personnages quand elle ne multiplie pas les décadrages, autant de choix qui permettent de faire transparaître les difficultés qu’ont ces adolescentes à se positionner ou à se définir comme individu au sein d’un même groupe. C’est que le langage corporel se révèle primordial dans le cinéma de Yamada. Riche en gros plans sur des visages et des gestes révélant le mal-être et l’angoisse perceptible des adolescentes, Liz et l’oiseau bleu voit par exemple Mizore toucher mécaniquement ses cheveux ou observer à maintes reprises – de très près – un aquarium où nagent des fugus[1]Le fugus est un poisson japonais réputé pour sa chair délicieuse et sa capacité à provoquer de très graves intoxications.. Par ailleurs, le film se révèle être une véritable expérience sonore : la respiration des personnages, le frottement des vêtements ou encore les bruits de pas forment une « musique du quotidien » travaillée par le talentueux compositeur Kensuke Ushio (déjà compositeur de la bande originale de Silent Voice) et liée à celle des instruments. Chaque détail visuel ou sonore nourrit ainsi la part harmonieuse de l’œuvre.

C’est dans cette perspective que l’orchestre du lycée exacerbe les tensions provoquées par le passage à l’âge adulte. En préparant un concours de musique pour lequel elles doivent jouer un morceau adapté du conte allemand Liz et l’oiseau bleu, Mizore et Nozomi trouvent en cette histoire merveilleuse le reflet de leur propre relation : au même titre que Liz garde sous sa coupe un oiseau bleu temporairement transformé en jeune fille, Mizore s’accroche désespérément à son amitié avec Nozomi alors que son envol se profile. Le film s’articule dès lors autour de ces deux histoires d’amitié s’accordant parallèlement, plusieurs séquences issues du conte venant entrecouper l’intrigue lycéenne. Afin de relier ces deux récits enchâssés, Naoko Yamada opte pour de superbes dessins à l’aquarelle sur fond blanc. À l’image de ces douces transitions effectuées entre deux styles graphiques radicalement différents, la réussite de Liz et l’oiseau bleu tient à son entrelacement gracieux et poétique du conte fantastique, du teen movie et du film musical. De quoi définitivement confirmer les espoirs placés en sa prometteuse réalisatrice.

Notes

Notes
1 Le fugus est un poisson japonais réputé pour sa chair délicieuse et sa capacité à provoquer de très graves intoxications.

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