Ma vie pour la tienne

Ma vie pour la tienne

de Nick Cassavetes

  • Ma vie pour la tienne
  • (My Sister’s Keeper)

  • États-Unis2009
  • Réalisation : Nick Cassavetes
  • Scénario : Jeremy Leven, Nick Cassavetes
  • d'après : le roman Ma vie pour la tienne
  • de : Jodi Picoult
  • Image : Caleb Deschanel
  • Décors : Maggie Martin
  • Costumes : Shay Cunliffe
  • Son : Steve Cantamessa
  • Montage : Alan Heim, Jim Flynn
  • Musique : Aaron Zigman
  • Producteur(s) : Mark Johnson, Chuck Pacheco, Scott L. Goldman
  • Production : New Line Cinema
  • Interprétation : Cameron Diaz (Sara Fitzgerald), Abigail Breslin (Anna Fitzgerald), Sofia Vassilieva (Kate Fitzgerald), Alec Baldwin (Campbell Alexander), Jason Patric (Brian Fitzgerald), Joan Cusack (le juge De Salvo), Evan Ellingson (Jesse Fitzgerald)...
  • Distributeur : Metropolitan FilmExport
  • Date de sortie : 9 septembre 2009
  • Durée : 1h47

Ma vie pour la tienne

de Nick Cassavetes

Little Miss Sunshine et l'imminence du deuil


Little Miss Sunshine et l'imminence du deuil

La maladie et la mort occupent une place importante dans les préoccupations de Nick Cassavetes. Dans John Q (2002), un père prenait un service hospitalier en otage afin d’obtenir la greffe du cœur nécessaire à la survie de son fils, rendue impossible par l’absence d’une couverture sociale suffisante. Dans N’oublie jamais (2004), Allie, atteinte de la maladie d’Alzheimer, écoutait chaque jour la lecture de son passé, consigné dans un cahier. Il n’est donc pas étrange que Nick Cassavetes ait été intéressé par le best-seller de Jodi Picoult, Ma vie pour la tienne (My Sister’s Keeper). De ce roman choral, dévoilant le délitement d’une famille entière autour d’une enfant atteinte d’une forme rare de la leucémie, le réalisateur tire malheureusement un film extrêmement mélodramatique et convenu.

Anna Fitzgerald est une enfant-médicament : elle a été conçue scientifiquement pour être génétiquement compatible avec Kate, atteinte de leucémie aiguë promyélocytaire. Après un don de sang de cordon ombilical, les besoins en leucocytes ou en moelle osseuse de la malade ont conduit régulièrement Anna à l’hôpital, provoquant parfois de douloureux effets secondaires chez la fillette en bonne santé. Sara, ancienne avocate, a bouleversé son existence pour se consacrer à la survie de Kate, adolescente promise dès son plus jeune âge à une mort certaine. Vivant au rythme des chimiothérapies et des périodes de rémission, Sara délaisse totalement Jesse, fils aîné à la dérive, et protège sa benjamine pour le seul bien de sa fille malade. Brian, père de famille aimant, n’a pas réellement droit à la parole face à une femme obsédée par la lutte qui résume désormais son existence. Quand l’ultime chance de survie d’une Kate en stade terminal passe par une greffe de rein, la donneuse se rebelle. Anna attaque ses parents en justice pour obtenir le droit de disposer librement de son corps. Cette démarche inattendue bouleverse le fragile équilibre familial et oblige chaque membre de la famille à méditer sur sa position par rapport à cette enfant combative, consciente de n’exister que grâce à la maladie d’une sœur qu’elle aime plus que tout.

L’histoire de Ma vie pour la tienne ouvre un champ de réflexion formidable sur le rapport à la maladie et à la mort, sur la disparité des liens filiaux, sur la moralité de la conception d’enfants-médicaments et sur le devenir psychologique de ces êtres condamnés à une solidarité fraternelle inconditionnelle, alors que le prélèvement d’organe sur donneur vivant n’est pas toujours sans conséquence. Nick Cassavetes s’attaque donc une question d’éthique passionnante. Dans le roman de Jodi Picoult, chacun des personnages prend successivement la parole d’un chapitre à l’autre, racontant son propre quotidien et son rapport particulier à la maladie de Kate. Ce système polyphonique est transposé dans le film par l’insertion abondante des commentaires en voix over. Mais le film demeure verbeux sans que la parole des personnages n’accouche jamais vraiment, ce qui donne l’impression de tourner autour d’un sujet dont le caractère polémique effraie. Le choix de faire d’Anna le vecteur principal du récit filmique participe au développement d’un discours convenu. Le drame familial et le débat éthique sont envisagés du point de vue d’une enfant de onze ans, dont le discours ne peut recouvrir la complexité de la situation, malgré la vivacité d’esprit accordé au personnage. La voix des autres personnages (membres de la famille et avocat) occupent en fait une place secondaire sans parvenir à produire un propos constructif. Le film reste au niveau du mélodrame, se perdant dans des élans d’un romantisme exacerbé, comme en témoigne la place démesurée accordée à l’histoire d’amour de Kate et Taylor, atteint lui aussi de leucémie à un stade avancé. Le film consacre une bonne vingtaine de minutes à cette rencontre salvatrice et tragique, qui occupe seulement quinze pages sur quatre cent trente-sept dans le roman.

Ma vie pour la tienne n’a de cesse de tirer en longueur, se perdant dans des circonvolutions lacrymogènes. Cela devient quasiment insupportable dans cette longue scène où, malgré un mouvement de panique maternelle, toute la famille passe la journée à la plage, à la demande de l’adolescente condamnée, soutenue par un père faisant preuve d’un élan unique d’autorité. Le film est sauvé par quelques moments d’une grande beauté, comme dans ce plan où Kate, ayant accepté l’idée de sa mort imminente, enserre de son corps décharné une mère en larmes, comme on protégerait une enfant. Les contraintes de l’adaptation cinématographique ont conduit les scénaristes à limiter l’importance des personnages masculins (père et fils), auxquels le roman accordait une place égale avec les autres membres de la famille Fitzgerald. On ne peut que regretter ce sacrifice. Le film n’est plus vraiment l’histoire d’une famille en pleine tourmente (un sujet pourtant cher au cinéma américain), mais devient une histoire de femmes, excluant les hommes d’un récit hautement mélodramatique, leur retirant toute profondeur psychologique et toute influence sur le déroulement narratif.

De ce fait, les actrices n’ont pas de mal à tirer leur épingle du jeu. On avait déjà repéré les qualités de Sofia Vassilieva dans la série Medium, où elle interprète le rôle de la sensible Ariel Dubois, confrontée au caractère héréditaire d’un don paranormal. Elle fait ici une percée cinématographique remarquable dans le rôle de l’adolescente leucémique. Cameron Diaz est aussi bouleversante qu’énervante dans le rôle de cette mère refusant d’abdiquer contre la maladie, au point d’oublier le reste de sa famille et de faire preuve d’une férocité aveugle à l’égard de sa benjamine. Auréolée par le rôle de l’innocente Olive dans Little Miss Sunshine (Jonathan Dayton, Valerie Faris, 2006), Abigail Breslin utilise avec sagesse sa candeur et sa sensibilité, au service d’un personnage tiraillé entre la volonté de satisfaire une mère intransigeante et l’appel à l’aide d’une sœur exténuée par la maladie. Les trois actrices constituent le moteur essentiel d’un film au scénario faiblard, dont on ne peut que regretter une issue attendue et bien plus convenue que celle du roman…

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