© Hippocampe Productions
Marinaleda

Marinaleda

de Louis Séguin

  • Marinaleda

  • France2022
  • Réalisation : Louis Séguin
  • Scénario : Louis Seguin, Simon Cornaz
  • Image : Martin Rit
  • Son : Elton Rabineau
  • Montage : Léo Richard
  • Producteur(s) : Hippocampe Productions
  • Interprétation : Luc Chessel (Kyrie), François Rivière (Sastefanus), Pauline Belle (Lise)...
  • Distributeur : Hippocampe Productions
  • Date de sortie : 5 juillet 2023
  • Durée : 0h51

Marinaleda

de Louis Séguin

La solitude du vampire juilletiste


La solitude du vampire juilletiste

Les vampires de Louis Seguin semblent avoir tout perdu. Loin du conte gothique auquel nous ont accoutumés bien des films du genre, le cinéaste choisit d’assécher les apparats quasi glamours du vampire pour les faire retomber dans une apparente normalité. Exit les contrées transylvaniennes, les manteaux sombres et les dents pointues : nos deux vampires sont deux badauds errant sur les routes de France et sous un soleil de plomb, en short et tee-shirt. C’est dans cette condamnation à la quotidienneté qu’ils retrouvent, sinon leur mystère, un peu de leur grâce.

Sastefanus (François Rivière) et Kyrie (Luc Chessel), deux vampires autostoppeurs, veulent donc se rendre à Marinaleda, en Andalousie. Dans ce village légataire d’un idéal coopératif, ils espèrent retrouver un semblant de solidarité. En mal de contact et de chair, ils doivent frayer leur chemin entre les rares voitures conciliantes et les corps à siroter. Ils rencontrent alors Lise (Pauline Belle) qui, les croyant accidentés, ramène les deux amis chez elle, où ils épancheront ensemble leur solitude ancestrale. Car en définitive, Louis Seguin ne dévie pas vraiment des thèmes centraux affiliés aux vampires : « J’en ai marre de notre solitude », lâche l’un des personnages, d’une manière certes un peu frontale, mais qui tranche avec le flot d‘élucubrations dispensé jusqu’alors. Sur ce point, le film ne masque pas son influence rohmérienne (jusque dans la présence furtive de Marie Rivière, aux côtés de son fils), sans pour autant en faire un modèle : chez Rohmer, les personnages abordent de front les questions existentielles qui les taraudent, les explorant jusqu’à les épuiser ; chez Seguin, l’abîme métaphysique est dissimulé par d’autre considérations plus dérisoires, qui participent de son humour : l’autostop, les juilletistes et les aoûtiens. Ce vampirisme trivial a notamment le mérite d’opérer un décalage comique dans la première partie : en figurant la lassitude des deux acolytes, Seguin accentue le contraste avec l’imaginaire lié à leur nature secrète. Et lorsqu’un vieil homme s’arrête enfin pour les prendre en stop, l’écart entre le jeu maniéré des vampires et l’air ingénu du vieil homme finit d’enfoncer le clou.

Mais le spleen que déploie Marinaleda, d’abord séduisant, finit par se dissiper. Le détachement de la mise en scène opère moins à mesure que le récit devient presque plus sérieux. Dans la dernière scène en particulier, les vampires séduisent une nouvelle disciple qui, in fine, se laissera mordre comme attendu ; les petites discussions annexes, auparavant détachées de la condition des personnages, affrontent désormais le sujet sans ambages : comment devient-on vampire, pourquoi, et les dents dans tout ça ? En abordant plus frontalement le genre qu’il détournait, Marinaleda semble perdre en bizarrerie. ll faut attendre les ultimes minutes pour qu’une idée musicale réhausse la scène : alors qu’en fond sonore se lance une version électronique de la Passion de Bach, qui rappelle moins le gothique transalpin que les Castlevania de la Super NES, Seguin revitalise un peu de l’érotisme perdu de ses personnages.

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