Mario
Mario
    • Mario
    • Suisse
    •  - 
    • 2018
  • Réalisation : Marcel Gisler
  • Scénario : Thomas Hess, Marcel Gisler
  • Image : Sophie Maintigneux
  • Décors : Kathrin Brunner
  • Costumes : Catherine Schneider
  • Son : Marco Teufen, Felix Bussmann
  • Montage : Thomas Bachmann
  • Musique : Martin Skalsky, Christian Schlumpf, Michael Duss
  • Producteur(s) : Rudolf Santschi, Theres Scherer-Kohlbrunner
  • Production : Triluna Film, Carac Film, SRF (Radio et Télévision Suisse), SRG SSR, Teleclub
  • Interprétation : Max Hubacher (Mario), Aaron Altaras (Leon), Jessy Moravec (Jenny), Jürg Plüss (Daniel)...
  • Distributeur : Épicentre Films
  • Date de sortie : 1 août 2018
  • Durée : 1h59

Mario

réalisé par Marcel Gisler

Au moment où la France célèbre sa victoire en coupe du monde de football, la sortie simultanée en salles et en DVD de Mario tombe à pic pour rappeler le tabou de l’homosexualité dans le sport de haut niveau et plus particulièrement dans le milieu du football professionnel. Dans le film de Marcel Gisler, Mario est un espoir du football suisse : intégré à un centre de formation avec d’autres garçons de son âge destinés comme lui à devenir des stars du ballon rond, le jeune homme sacrifie tout à sa future carrière, y compris une vie affective circonscrite à sa meilleure amie avec qui il semble entretenir une relation amoureuse totalement chaste. Les choses se compliquent le jour où Leon débarque dans le centre : brillant et séduisant mais très solitaire, le nouveau venu fascine autant qu’il agace son entourage. Se retrouvant à devoir cohabiter avec lui dans un appartement, Mario comprend rapidement que leur relation va vite dépasser le simple stade de l’amitié. L’épreuve de vérité – autour de laquelle sera entièrement organisé le récit – sera alors terrible pour le jeune ambitieux : victime de rumeurs malveillantes au sein de son équipe, pressé par son entraîneur et ses sponsors de sauver les apparences, Mario va devoir choisir entre ses sentiments et sa carrière pour espérer trouver sa propre vérité.

Un parcours balisé

À l’heure où l’homophobie continue de régner en maître sur les terrains de football et qu’il est compliqué – voire impossible – pour des joueurs de première division de vivre naturellement leur homosexualité, le discours du film prend des allures de manifeste pédagogique pour un peu plus d’ouverture d’esprit et de bienveillance. L’objectif est d’autant plus louable que Marcel Gisler s’attache à capter avec un certain souci de réalisme l’ambiance délétère qui peut parfois régner sur le terrain et dans les vestiaires. Lucide sur la lourdeur d’un système auquel il confronte ses deux jeunes frêles héros, le réalisateur essaie tant que possible d’éviter d’enfoncer les portes ouvertes ou de jouer la carte du happy-end trop facile. Pourtant, malgré une application manifeste à vouloir rendre compte des sentiments contradictoires qui habitent les personnages, le récit limite trop rapidement son enjeu dramatique au dilemme de Mario, réduisant l’ensemble des personnages secondaires qui gravitent autour de lui (les parents, les coéquipiers, les entraîneurs) à leur positionnement vis-à-vis de l’homosexualité dans des scènes au didactisme trop démonstratif (ceux qui s’opposent versus ceux qui soutiennent) pour susciter le moindre trouble. Même le personnage de Leon – qui était pourtant plein de promesses dès son entrée en jeu – finit par perdre en substance, limité aux changements d’avis et d’humeur de l’homme dont il est amoureux.

Seul contre tous

L’intelligence et la sensibilité du regard ne font pas défaut au film : en faisant de Mario un personnage opaque et ambigu, tour à tour généreux et cruel, Marcel Gisler ne joue pas vraiment la carte de la facilité, là où des films sortis récemment sur un sujet similaire (Love, Simon, par exemple) visent avant tout à cultiver le sentiment d’empathie pour remplir leur cahier des charges et atteindre leur but. Les obstacles qui jalonnent ici le parcours de Mario sont autant ceux que l’extérieur lui impose que ceux qu’il s’inflige tout seul, convaincu qu’il ne peut pas être ce qu’il est réellement aux yeux du monde. Si la piste aurait été intéressante à creuser davantage et que le résultat n’est pas dépourvu de qualités, il est cependant dommage que le réalisateur n’ait pas su élargir son champ de vision, qu’il n’ait pas réussi à s’affranchir de son souci de pédagogie pour livrer un film moins engoncé dans ses intentions. Jusque dans la mise en scène, un peu trop atone et manifestement au service du récit et de la lisibilité du discours, et le montage, sagement chronologique, Mario peine à rendre compte de la douleur de son personnage (et ce, malgré l’interprétation convaincante de l’acteur principal), incapable de résoudre son dilemme, quitte à s’engouffrer dans une voie sans issue.

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