© Wild Bunch
Mémoires d’un escargot

Mémoires d’un escargot

de Adam Elliot

  • Mémoires d’un escargot
  • (Memories of a snail)

  • Australie2024
  • Réalisation : Adam Elliot
  • Scénario : Adam Elliot
  • Image : Gerald Thompson
  • Montage : Bill Murphy
  • Musique : Elena Kats-Chernin
  • Producteur(s) : Liz Kearne
  • Production : Arenamedia, Snails Pace Films
  • Interprétation : Jacki Weaver (Pinky), Sarah Snook (Grace Puddle), Eric Bana (James The Magistrate), Dominique Pinon (Percy Pudel), Nick Cave (Bill Clarke)...
  • Distributeur : Wild Bunch
  • Date de sortie : 15 janvier 2025
  • Durée : 1h34

Mémoires d’un escargot

de Adam Elliot

Les mains, les yeux


Les mains, les yeux

C’est le début du film, qui semble naître d’un ultime souffle : un mouvement d’appareil s’éloigne lentement de la bouche édentée d’une mourante. Si la morbidité de la scène a de quoi surprendre, elle creuse en vérité le sillon tracé par Mary et Max, le précédent long-métrage d’Adam Elliot, dans lequel le réalisateur célébrait déjà un mariage entre une profonde noirceur (dépression, boulimie, pensées suicidaires, etc.) et l’animation en volume. Quinze ans après, le réalisateur australien saupoudre à nouveau sa pâte à modeler de cendre et de marc de café. Porté par la voix off de la jeune Grace Pudel (Sarah Snook), qui revient sur sa vie de misfit, le film dépeint un personnage qui s’efforce de sortir du cocon dans lequel elle s’est enfermée après une série de tragédies (le décès de ses parents, sa séparation d’avec son frère jumeau). Le petit monde d’argile de Mémoires d’un escargot se compose de sa maison d’enfance, des salles de classe, des rues encrassées de Melbourne, etc. ; autant de décors qui permettent à Elliot de donner vie à une copieuse galerie de personnages formant un joyeux trombinoscope pittoresque des classes populaires australiennes. Cet artisanat appliqué constitue cependant en partie une limite : les tableaux, regorgeant de détails minutieux, tendent parfois vers la succession de petites maquettes inertes. L’univers confectionné par Mémoires d’un escargot s’avère ainsi, hormis quelques exceptions (des parenthèses burlesques, l’étrange et beau spectacle d’une larme coulant le long d’une joue de pâte à modeler, etc.), paradoxalement peu animé, trop statique.

Bien qu’il aborde des thématiques sombres, le film ne tombe pas pour autant dans l’écueil du dolorisme. Par l’alliance atypique entre la noirceur et l’animation en volume, Mémoires d’un escargot embrasse ainsi d’une même étreinte les pères alcooliques, les adolescents dépressifs, les visages rongés par la tristesse et les corps abîmés par la faim. La méticulosité avec laquelle ces petites boules vivantes sont créées participe d’une logique empathique : la douceur de la main qui a dessiné les rides des visages, les cicatrices des corps et qui en a modelé les plis graisseux est l’extension de la tendresse du regard porté sur les personnages.

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