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Monkey Man

Monkey Man

de Dev Patel

  • Monkey Man

  • États-Unis, Canada, Singapour, Inde2024
  • Réalisation : Dev Patel
  • Scénario : Paul Angunawela, John Collee, Dev Patel
  • Image : Sharone Meir
  • Producteur(s) : Ian Cooper, Christine Haebler, Basil Iwanyk, Bavand Karim, Erica Lee, Anjay Nagpal, Dev Patel, Jordan Peele, Win Rosenfeld, Sam Sahni, Jomon Thomas
  • Production : BRON Studios, Thunder Road Pictures, Monkeypaw Productions, Minor Realm, S'YA Concept, WME Independent, Creative Wealth Media, Lost Winds Entertainment
  • Interprétation : Dev Patel (Kid), Sharlto Copley (Tiger), Pitobash (Alphonso), Sobhita Dhulipala (Sita)...
  • Distributeur : Universal Pictures International France
  • Date de sortie : 17 avril 2024
  • Durée : 2h01

Monkey Man

de Dev Patel

La rage au ventre


La rage au ventre

« Tu as vu John Wick ? ». La question, posée au détour d’une scène de Monkey Man, relève autant du gag méta assez lourd que de la déclaration d’intention. Dev Patel, qui signe ici son premier long-métrage, interprète un jeune Indien – seulement désigné par les pseudonymes « Kid » ou « Bobby » – gagnant péniblement sa vie dans des combats clandestins truqués. Il se révèle surtout déterminé à se venger du chef de la police locale, responsable de la mort de sa mère. Les correspondances avec la saga de Chad Stahelski ne manquent pas[1]Dev Patel devait d’ailleurs travailler avec l’équipe de cascadeurs des John Wick, avant que la pandémie de Covid-19 ne bouscule le tournage., des décors des scènes d’action (une boîte techno comme dans l’épisode inaugural) à certains plans en particulier – Patel enfonçant lentement une lame dans la gorge d’un adversaire, comme Wick dans l’œil d’un ennemi dans Parabellum. Trop tributaire de cette inspiration, le film n’exploite que timidement son ancrage dans la culture indienne : si le film troque, dans une séquence de course-poursuite, une muscle car pour un tuk-tuk modifié, il ne tire pour autant guère parti de la géographie des rues étroites et bondées.

Déchaîné…

Mais quand bien même Monkey Man dégage une forte impression de déjà-vu, il se distingue de son modèle en délaissant la lisibilité caractéristique des combats de John Wick, dont les chorégraphies se déployaient dans des plans amples. Ici, c’est au contraire le chaos qui prime ; on ne suit pas un assassin professionnel, mais un enfant des rues qui s’est improvisé combattant. Plutôt que de rester en position d’observatrice attentive, la caméra, souvent portée, plonge au cœur des rixes, cadrant au plus près les visages déformés par la douleur. L’agression semble être le maître mot du film, qui orchestre un torrent de plans, de musique tonitruante, de cris et de stimuli visuels, au point que le cadre semble toujours trop serré pour contenir cette surcharge.

C’est à la fois la limite du film (une épuisante outrance) et l’une de ses principales qualités : les morceaux de bravoure de Monkey Man reposent sur sa brutalité aveugle et débridée. Ainsi d’un affrontement à la hache face au patron d’un bordel surpeuplé. L’arme se coince lorsqu’elle s’abat par inadvertance sur un mur ou une victime collatérale, les deux adversaires traversent une cloison pour échouer dans la couchette d’un couple en plein ébat… En profitant du désordre général, la mise en scène reconfigure en permanence l’affrontement. À cet endroit, Patel semble mu par l’ambition de transposer la dynamique des combats d’anime en prises de vues réelles : les chorégraphies tournent le dos à l’impératif de la vraisemblance pour insister sur l’élan des coups et la puissance des impacts, décuplés par l’usage de courtes focales exagérant l’amplitude des mouvements.

…pour mieux régner.

Ce déluge de violence pose toutefois question à mesure que le récit gagne en sérieux. Gravement blessé après avoir tenté d’abattre le chef de la police, « Bobby » est recueilli par une petite colonie dont les habitants furent, comme le héros dans son enfance, illégalement expropriés de leurs terres par l’actuel guide spirituel du pays. Alors que de nouvelles élections approchent, les villageois voient dans le jeune vengeur une incarnation d’Hanumān, une divinité simiesque valeureuse à même de renverser les dirigeants corrompus. La série B d’action embrasse alors une cause politique, celle des minorités indiennes flouées par le pouvoir en place. Une séquence lie ces deux horizons : alors que Bobby s’entraîne en frappant sur un sac de riz, son coup final le fend et en libère les grains. Par sa férocité, le « monkey man » ambitionnera ainsi de restaurer un équilibre au sein d’une société inégalitaire. Cette opposition entre une élite fortunée, dépeinte à gros traits, et une population traditionaliste et opprimée teinte le dernier mouvement d’un goût amer : lorsque le protagoniste entreprend d’aller défaire son grand rival, il devient aussi le représentant d’un groupe fanatisé prêt à répondre à la violence par une brutalité tout aussi destructrice. Cet arrière-plan semble surtout là pour gonfler artificiellement les enjeux, sans se saisir d’une réelle question politique : lorsque les autres habitants du village prennent les armes, c’est avant tout pour être assimilés, sur l’autel du spectacle, à des guerriers à la reconquête de leur royaume. Avec ce tableau social caricatural, teinté de démagogisme et de bellicisme, Monkey Man finit même par endroits par évoquer un autre film hollywoodien à succès, malheureusement moins estimable que John Wick : le Joker de Todd Phillips.

Notes

Notes
1 Dev Patel devait d’ailleurs travailler avec l’équipe de cascadeurs des John Wick, avant que la pandémie de Covid-19 ne bouscule le tournage.

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