Obnubilée par une étrange histoire de briques maléfiques (dont l’absurdité initiale est d’ailleurs tout à fait conscientisée par le film), une journaliste en charge d’un podcast mène l’enquête depuis la maison vide de ses parents. Elle contacte plusieurs personnes aux quatre coins du monde dans le but de recueillir leurs témoignages, comme autant de petits récits horrifiques permettant d’alimenter son émission. Mais peu à peu, la jeune femme croit y distinguer les différentes pièces d’un puzzle apocalyptique. Pas besoin d’en dire plus pour se rendre compte que Monolith est un film hanté par les traumatismes du confinement[1]À l’instar d’autres films fantastiques sortis plus tôt cette année, notamment Sans un bruit : jour 1., quand bien même la pandémie de Covid-19 n’y est jamais évoquée. Le film se concentre essentiellement sur la solitude et la paranoïa de sa protagoniste, au point que les autres personnages n’y existent que via des signaux numériques (leurs voix émises par haut-parleur ou les ondulations sonores d’un logiciel d’enregistrement). Même les autres êtres vivants de son environnement immédiat semblent appartenir à un autre espace, à l’image de sa tortue nageant dans un aquarium. Le véritable huis clos de Monolith se limite par conséquent à un bureau baigné d’une lumière bleue glaciale et recouvert de machines filmées sous toutes les coutures.
Cette restitution d’un isolement à la fois déshumanisé et cosy livre quelques belles scènes horrifiques, articulées autour de l’idée d’une malédiction contagieuse. En s’imprégnant des terreurs de personnes inconnues, la journaliste en vient à développer ses propres psychoses avant de les répandre à son tour par le biais de son podcast. Dommage que cette idée (plutôt convaincante) d’une épidémie mondiale d’introspection se trouble dans la dernière partie du film. Là où le réussi Unfriended parvenait à transformer de simples glitches en jump scares pour raconter une histoire de fantômes numériques, Monolith se perd dans une posture ambiguë. L’emploi de plusieurs références aussi célèbres qu’ici hors-sujet (par exemple, un travelling avant dans une inquiétante salle de bains, qui ne peut que faire penser à une scène connue de Shining), le transforme par moments en une démonstration technique aussi brillante que creuse. Mais surtout, sa fin ouverte et brouillonne peine à masquer une indécision problématique quant à ce que le film est supposé raconter. C’est d’autant plus regrettable que ce petit film australien n’était pas loin de parvenir à traduire l’angoisse d’une certaine claustrophobie contemporaine, à la fois numérique et sociale.
Notes
| ↑1 | À l’instar d’autres films fantastiques sortis plus tôt cette année, notamment Sans un bruit : jour 1. |
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