La Montagne entre nous
© 2017 Twentieth Century Fox
La Montagne entre nous
    • La Montagne entre nous
    • (The Mountain Between Us)
    • États-Unis
    •  - 
    • 2017
  • Réalisation : Hany Abu-Assad
  • Scénario : Chris Weitz, J. Mills Goodloe
  • d'après : le roman The Mountain Between Us
  • de : Charles Martin
  • Image : Mandy Walker
  • Décors : Patrice Vermette
  • Costumes : Renee Ehrlich Kalfus
  • Montage : Lee Percy
  • Musique : Ramin Djawadi
  • Producteur(s) : Peter Chernin, Dylan Clark, David Ready, Jenno Topping
  • Production : Fox 2000 Pictures, Chernin Entertainment
  • Interprétation : Kate Winslet (Alex Martin), Idris Elba (Ben Bass), Beau Bridges (Walter), Dermot Mulroney (Mark), Linda Sorensen (Pamela)...
  • Distributeur : Twentieth Century Fox France
  • Date de sortie : 8 novembre 2017
  • Durée : 1h47

La Montagne entre nous

The Mountain Between Us

réalisé par Hany Abu-Assad

Ben et Alex n’auraient jamais dû se rencontrer. Coincés dans un aéroport du centre des États-Unis à cause d’une tempête de neige au cœur des Rocheuses, ils sont dans l’impossibilité d’atteindre leurs destinations respectives : elle doit rejoindre son fiancé pour son propre mariage qui a lieu le lendemain, lui doit opérer de toute urgence un de ses patients. Sur un coup de tête, alors qu’elle vient tout juste de le croiser dans le hall, Alex propose à Ben d’embarquer à bord d’un coucou qui leur permettra de prendre un vol depuis un autre aéroport. Sauf que rien ne se passe évidemment comme prévu et qu’ils s’écrasent sur un versant de montagne : sortis miraculeusement de cet accident et alors qu’ils n’ont prévenu personne susceptible d’envoyer des secours, nos deux protagonistes vont devoir redoubler de courage et d’inventivité pour espérer survivre dans cet environnement glacé et très hostile.

Mais qu’on ne s’y méprenne pas : si La Montagne entre nous passe rapidement du film-catastrophe (grâce à une courte scène de crash aussi ténue qu’efficace) au genre désormais bien connu du survival, le premier long-métrage américain à sortir sur nos écrans du réalisateur israélo-palestinien Hany Abu-Assad (Paradise Now) n’est en fait rien d’autre qu’une comédie romantique déguisée en film d’aventure. Respectant scrupuleusement le cahier des charges inhérent au genre, le récit se hasarde très peu en-dehors des conventions. Nous avons donc deux personnages que tout oppose jusque dans leur caractère (elle est photographe professionnelle : elle est forcément dans l’instinct et les émotions ; il est chirurgien : il est donc rationnel et dans le contrôle), que rien ne prédisposait à se rencontrer (une mauvaise circonstance finit par les rapprocher) et que tout oblige désormais à devoir cohabiter (se sortir vivant de cette épreuve passe par une solidarité sans faille). Comme en plus, les deux personnages sont joués par Idris Elba et Kate Winslet au capital sympathie indéniable, on comprend rapidement que le seul suspense du film se limitera à savoir s’ils finiront ou pas par s’embrasser.

Succession de tableaux

Avec une efficacité dramatique qui, à défaut d’être originale, fonctionne plutôt bien, la mise en scène offre une succession de tableaux au cours desquels Ben et Alex devront déployer des efforts surhumains pour se sortir des situations dans lesquelles ils se sont mis. Avec une certaine application, le film joue aux montagnes russes avec leurs émotions : des animaux féroces aux chutes imprévisibles, les deux protagonistes sont constamment ramenés à leur absence de perspective et la promesse d’une mort prochaine. Jouant habilement des paysages et des profondeurs de champ, la caméra parvient à donner une dimension anxiogène à la beauté des montagnes enneigées. Mais le systématisme avec lequel le récit pose un enjeu pour le résoudre en quelques minutes trahit le manque de vision du cinéaste qui ne voit dans le calvaire de ses deux héros qu’une opportunité pour créer par à-coups leur rapprochement sentimental.

Handicapé par quelques facilités (les ellipses un peu trop vite expédiées qui étirent anormalement le temps du récit) et quelques incohérences (la barbe d’Idris Elba reste impeccable du début à la fin pour ne pas entamer son capital séduction), La Montagne entre nous se fourvoie même par moments dans un sentimentalisme bas de gamme (les flashbacks sirupeux, le discours un peu puritain surplombant qui ne met jamais en faute les deux personnages) alors que l’enjeu initial et le savoir-faire de Hany Abu-Assad à appréhender les espaces auraient pu suffire à faire du film une aventure épique. C’est d’autant plus dommage qu’on sent le réalisateur tenté de s’affranchir par moments des règles qui lui sont imposées, entre les champs-contrechamps parfois inattendus et les dialogues ciselés qui injectent un peu d’ironie à cette histoire cousue de fil blanc. Le résultat, loin d’être honteux, peut s’avérer plaisant par endroits : mais son manque d’audace fait de La Montagne entre nous un produit totalement anecdotique taillé sur-mesure pour ses deux acteurs.