© Dyssomnia Films
Par les épines

Par les épines

de Romain Nicolas

  • Par les épines

  • France2012
  • Réalisation : Romain Nicolas
  • Scénario : Romain Nicolas
  • Image : Mélodie Lamotte d'Incamps
  • Son : Nicolas Boyer
  • Montage : Noémi de Fouchier, Marwan Mroweh, Georgh Vulcan
  • Musique : René Aubry
  • Producteur(s) : Romain Nicolas
  • Production : Dyssomnia Films
  • Interprétation : Juliette Besson (Juliette), Renaud Denis-Jean (Rudy), Agnès Soral (Madame Rose), Anita Lecollinet (Marilyn), Pither Jardan (le majordome), Hugo Dillon (Zacharie)...
  • Distributeur : Dyssomnia Films
  • Date de sortie : 10 octobre 2012
  • Durée : 1h35

Par les épines

de Romain Nicolas

Concerto sans orchestre


Concerto sans orchestre

L’amateurisme a ses charmes, mais Par les épines est-il un film si sauvage que ça ? Il y a bien sûr, d’un côté, un casting d’inconnus (doux vent de nouveauté, plein de promesses), des airs de film d’école (dialogues convenus, jeu très moyen, et une certaine timidité académique dans la mise en scène). De l’autre côté, même auréolé d’une sorte de label « film sauvage », le premier film de Romain Nicolas ne cherche surtout pas à s’y complaire – ce qui est très bien – et a mis les petits plats dans les grands. Il est louable de refuser les sirènes de l’estampillage « premier film », mais pris dans son élan, Par les épines se retrouve malheureusement aux antipodes de ses probables ambitions. Derrière la sophistication de ses images – aux choix de lumières codés à l’extrême : le blanc et le noir exclusif des bureaux, le scintillement gris de la ville humide, la pénombre jaune de l’appartement, le bariolage lyrique du night-club… –, on devine facilement un manque de légèreté qui se répercute irrémédiablement sur l’énergie du film. Si le professionnalisme est au rendez-vous, la technicité du premier film de Romain Nicolas, probablement motivée par l’envie zélée de bien faire, est parfois suffocante.

L’image semble pourtant être moins sa préoccupation que le son. En effet, le cinéaste met toute sa bonne volonté de réalisateur à la construction d’une partition tout en contrastes ; malheureusement, il s’agit le plus souvent d’ankyloser lourdement le rythme. À tout insuffler dans les voix, délimitées par des silences tous plus pesants, le jeune réalisateur pondère à l’excès ses répliques, qui s’abattent sans musicalité, sans ivresse, laissant les scènes au point mort. À cela s’ajoute le poids d’un texte assez sommairement écrit : comme toujours, difficile de dire si le film est mal joué ou mal écrit, mais ce qui est sûr, c’est que la mayonnaise peine à prendre. Le goût du détail sonore trouvera son cousin dans la galerie de plans de coupe analytiques, où se croisent à l’envi macros, prises de vues symétriques, et autres formes de ponctuation cinématographique : mais l’insistance régulière sur le détail est-elle en harmonie avec l’ambition chorale de la narration ?

C’est bien là ce que Par les épines parvient difficilement à être : un film véritablement choral. Difficile de rendre un fourmillement quand on entend à peine le bruit des autres : le manque de souffle empêche le cinéma de Romain Nicolas de s’électriser, d’entrer en mouvement. Il lorgnerait pourtant volontiers du côté d’un Donoma : même choralité confluente, même complémentarité bricolée des destins, même palette poétique de marginaux. Mais si la légèreté de l’un emportait vraiment les êtres dans un mouvement général, une vitalité, l’autre ne décolle pratiquement pas. C’est dommage.

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