© The Joker Films
Pleasure

Pleasure

de Nin­ja Thyberg

  • Pleasure

  • États-Unis, Suède, Pays-Bas, France2020
  • Réalisation : Nin­ja Thyberg
  • Scénario : Nin­ja Thyberg
  • Image : Sophie Winqvist
  • Montage : Oli­via Neer­gaard-Holm, Ama­lie Wes­ter­lin Tjellesen
  • Musique : Karl Frid
  • Producteur(s) : Erik Hem­men­dorff, Eli­za Jones, Mar­kus Waltå
  • Interprétation : Sofia Kappel (Bella), Revika Anne Reustle (Joy), Evelyn Claire (Ava)...
  • Distributeur : The Jokers Films
  • Date de sortie : 20 octobre 2021
  • Durée : 1h45

Pleasure

de Nin­ja Thyberg

Alice au pays du porno


Alice au pays du porno

Film à sujet – les coulisses de l’industrie du porno comme vous ne les avez jamais vues –, Pleasure de Ninja Thyberg a d’indéniables qualités documentaires : on devine que la plupart des scènes auxquelles se livre Bella, jeune Suédoise voulant percer dans le milieu du porno américain, sont le fruit d’un travail d’observation et d’immersion de la réalisatrice dans l’industrie du X. Dans la première scène, Ninja Thyberg oppose ainsi à la rhétorique du gros plan propre au porno des plans inédits montrant le prosaïsme du tournage : acteur ayant du mal à se déshabiller, problème de positions, rougeurs sur la peau après une fellation. Le film vaut d’abord pour ce regard très technique sur ce qu’il représente et s’il avait su s’en tenir à ce seul regard, il aurait pu être le meilleur film jamais réalisé sur le porno. Ninja Thyberg n’a toutefois pas pu se contenter de simplement décrire un milieu professionnel, elle porte sur celui-ci un regard très moralisateur qui amoindrit la force des scènes de tournage et fait de Pleasure un film à charge contre le milieu, dénonçant pêle-mêle la brutalité masculine, le manque de solidarité des travailleuses du sexe et le cynisme de leurs agents.

Après être allée de plus en plus loin dans l’exploitation de son propre corps, Bella finit littéralement par s’emparer d’un phallus (un gode-ceinture) pour brutaliser une autre actrice avec laquelle elle tourne une scène : devenue enfin, par la magie du phallus, le sujet jouissant, elle traverse le miroir, occupant désormais la position double de l’acteur et du spectateur masculins, en lieu et place de celle d’objet sexuel, qui a été la sienne tout au long du film. Ayant atteint ce stade que l’on pourrait nommer celui de la révolte (même si cette position est encore le produit d’une mise en scène : un réalisateur enregistre la performance), Bella peut quitter le film et le milieu, en claquant la portière d’une limousine. L’expérience est terminée, merci pour la leçon.

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