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Poulet Frites

Poulet Frites

de Yves Hinant, Jean Libon

  • Poulet Frites

  • France, Belgique2022
  • Réalisation : Yves Hinant, Jean Libon
  • Image : Antonio Capurso
  • Son : Albert Rupf
  • Montage : Anouk Zivy
  • Producteur(s) : Bertrand Faivre, François Clerc
  • Production : Le Bureau, Chez Georges
  • Distributeur : Apollo Films
  • Date de sortie : 28 septembre 2022
  • Durée : 1h40

Poulet Frites

de Yves Hinant, Jean Libon

Ciné-réalité


Ciné-réalité

Difficile de dire ce qui frappe le plus dans Poulet Frites, entre le vertige suscité par les ramifications complexes de l’enquête menée par la police criminelle bruxelloise et la manière dont elle met en lumière la glaçante réalité dans laquelle vit la population défavorisée au cœur de l’affaire. Prenant pour point de départ un fait-divers (le corps d’une femme égorgée dans lequel la police retrouve des frites surgelées, détail incongru qui constitue le principal indice des enquêteurs et donne au film son titre ironique), Poulet Frites se fait d’abord, par les yeux de la brigade policière, témoin d’une frange invisible de la société : un suspect libéré d’une condamnation de seize ans, des immigrés bangladais vivant pêle-mêle dans un taudis au-dessus d’une supérette… À la manière de Strip-tease, la célèbre émission de Jean Livon et Yves Hinant, le film trouve ainsi sa force en s’immisçant au plus près de son sujet. Le dispositif documentaire cru (pas de voix off, pas d’interviews, aucun regard caméra des personnes filmées…) renforce le sentiment de malaise qui émane assez naturellement des situations, tout en cultivant une curieuse impression de voyeurisme lors de certaines scènes où le dépouillement des images en noir et blanc paraît épouser la pauvreté des individus qu’elles immortalisent.

L’intérêt principal du film réside dans le choix de rushes que l’on devine colossaux et dont l’accumulation s’est faite au fur et à mesure de la progression des investigations. Poulet Frites, dans la lignée des réalisations précédentes du tandem, semble avoir trouvé sa forme au montage. Le film étonne à de multiples reprises par sa manière de mettre en espace des situations saisies au vol, en les intégrant a posteriori dans une dynamique de champs-contrechamps et en (re)façonnant les scènes, au point de faire oublier qu’il s’agit de situations filmées en temps réel. Pour autant, c’est précisément dans la formation d’une intrigue confinant au polar que le film affiche ses limites. Il convient de s’interroger – c’est déjà la question qui hantait Strip-tease –, sur l’intérêt (si ce n’est sur l’éthique) de cette fictionnalisation nourrie d’artifices de montages dispensables (suspense, rebondissements, logique de progression dramatique…). La réponse paraît simple : ce que le film au fond raconte, c’est que la réalité sordide qu’il dépeint se confond avec l’imagerie d’une série B. Reste que le cynisme de l’entreprise a de quoi déranger.

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