© Pyramide
Radio Metronom

Radio Metronom

de Alexandru Belc

  • Radio Metronom
  • (Metronom)

  • Roumanie, France2022
  • Réalisation : Alexandru Belc
  • Scénario : Alexandru Belc
  • Image : Tudor Vladimir Panduru, RSC
  • Décors : Bogdan Ionescu
  • Son : Razvan Ionescu, Jiliene Blasco
  • Montage : Patricia Chelaru
  • Producteur(s) : Cătălin Mitulescu, Ruxandra Slotea, Viorel Chesaruâ, Martine Vidalenc, Emmanuel Quillet
  • Production : Strada Film, Midralgar, Chainsaw Europe Studio
  • Interprétation : Mara Bugarin (Ana), Serban Lazarovici (Sorin), Vlad Ivanov (Biris)...
  • Distributeur : Pyramide Films
  • Date de sortie : 4 janvier 2023
  • Durée : 1h42

Radio Metronom

de Alexandru Belc

Back In The U.S.S.R.


Back In The U.S.S.R.

Si la Roumanie n’a jamais fait partie intégrante de l’Union Soviétique, elle a en partie adopté les contours de son régime dictatorial entre la Seconde Guerre Mondiale et l’effondrement du bloc. À partir de 1971, Ceaușescu réduit notamment l’accès à la culture étrangère, alors que les adolescents ne rêvent que des Beatles et de Led Zeppelin. Ces mesures restrictives ne dissuadent cependant pas la jeune Ana et ses camarades de classe de se réunir pour une petite fête clandestine autour de l’émission pirate qui donne son nom à Radio Metronom, quitte à s’attirer les foudres des officiers de la Securitate. Le film d’Alexandru Belc se divise ainsi entre la fête des apprentis rebelles et les représailles qui suivent dans la même nuit. On y retrouve une série de lieux de communs du teen movie (sorties en douce, déhanchés séducteurs, amourettes et premières expériences charnelles), attendus mais relocalisés dans un contexte plus austère où les teintes marrons vintages sont bientôt remplacées par les néons blafards des bureaux de police. Cet univers totalitaire – exposé, non sans didactisme, par les tirades de l’animateur radio – apparaît alors comme le double inversé de la vie quotidienne des adolescents. Une grande salle d’interrogatoire glaciale, filmée dans de longs plans éprouvants où les adolescents sont cloués à leurs chaises, fait par exemple écho à une salle de classe désertée au moment de la pause dans laquelle ils circulaient plus tôt librement, comme si une même menace de répression s’instillait d’un espace à l’autre.

L’atmosphère décrépie dans laquelle barbotent les jeunes désœuvrés évoque une version terne de Deep End, quasi-contemporain des événements de Radio Metronom, hypothèse que d’ailleurs ne dément pas la piste de danse swinging London reconstituée dans le salon de l’amie d’Ana. L’omniprésence de la caméra portée, moins agitée que celle de Jerzy Skolimowski, constitue elle aussi un poncif pour filmer le quotidien et la jeunesse. Son léger tremblement a cependant le mérite de mettre en valeur, par un effet de contraste, l’inertie des personnages, loin d’être aussi bondissants que leurs homologues anglais. Dans les premières scènes, leurs gestes se révèlent lents et pesants, comme affectés par le climat politique. Le cadre semble même souvent anticiper un mouvement pour mieux buter contre la torpeur contrainte des corps adolescents qui préféreraient sortir, danser ou encore jouer au football.

Sur le temps

On pourrait reprocher à la mise en scène de Radio Metronom d’être un peu sage – ou plutôt, de manquer d’inventivité – dans sa manière d’accompagner la jeune bande aux aspirations révolutionnaires, mais le film compense cette faiblesse dans sa manière de déplier les scènes pour mieux reconfigurer les situations et mettre en exergue leurs ambiguïtés. La piste de danse, notamment, apparaît successivement comme un espace solitaire pour Ana, isolée dans le cadre, puis comme le théâtre d’une liesse collective et de parades amoureuses, alors que la caméra serpente parmi les adolescents. Ces modulations ont souvent lieu au sein de plans longs (voire de plans-séquences) que Belc orchestre sans jamais chercher à bander les muscles. C’est le cas de l’une des plus belles scènes du film, dans laquelle Ana et son ex-petit-ami Sorin se retrouvent dans une chambre adjacente au salon, où est diffusée une version live de Light My Fire des Doors. Si la musique est d’abord étouffée par la porte, la situation se réchauffe peu à peu, comme si l’énergie du morceau infusait néanmoins la scène, jusqu’au moment où les deux jeunes gens s’apprêtent à faire l’amour. Mais juste avant le passage à l’acte, la musique s’achève. Le regain d’énergie n’a duré qu’un temps : le couple s’interrompt, comme atteint par le présage funeste (quelques minutes plus tôt, le présentateur annonçait d’ailleurs la mort de Jim Morrison) de l’utopie contre-culturelle qui les inspire. Le mouvement cyclique du métronome qui donne son titre à l’émission évoque alors le retour de bâton qui, inévitablement, s’abattra sur les espoirs du groupe rebelle.

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