© Searchlight Pictures
Rental Family

Rental Family

de Hikari

  • Rental Family

  • Japon, États-Unis2025
  • Réalisation : Hikari
  • Scénario : Hikari, Stephen Blahut
  • Image : Takurô Ishizaka
  • Montage : Alan Baumgarten, Thomas A. Krueger
  • Musique : Jón Þór Birgisson, Alex Somers
  • Producteur(s) : Eddie Vaisman, Julia Lebedev, Hikari et Shin Yamaguchi
  • Production : Sight Unseen Productions, Domo Arigato Productions
  • Interprétation : Brendan Fraser (Phillip Vandarploeug), Takehiro Hira (Shinji), Mari Yamamoto (Aiko), Shannon Mahina Gorman (Mia Kawasaki), Akira Emoto (Kikuo Hasegawa), Shino Shinozaki (la mère de Mia)...
  • Distributeur : Searchlight Pictures
  • Date de sortie : 4 février 2026
  • Durée : 1h50

Rental Family

de Hikari

Mauvais rôle


Mauvais rôle

Phillip Vandarploeg est un acteur raté, sans amis et au chômage. Exilé à Tokyo afin de tourner une publicité pour un dentifrice, il enchaîne depuis sept ans les projets inconséquents, faute de mieux. Par chance, son destin lui sourit le jour d’un enterrement : témoin malgré lui d’une fausse cérémonie (un homme simule ses funérailles avec une famille fictive lui rendant hommage), il finit par être embauché par l’entreprise chargée d’organiser ce subterfuge aux visées cathartiques. Son rôle, désormais : jouer l’Américain blanc et d’âge mûr de service.

Dès les premiers plans de Rental Family, on devine l’enjeu sous-tendu par la présence d’un Brendan Fraser pas totalement sorti de son expérience chez Aronofsky : introduire un corps étranger dans un cadre nippon parfaitement identifié. Que ce soit dans les rues et les transports en commun tokyoïtes ou esseulé dans son minuscule appartement avec fenêtre sur cour, Philip dénote. Trop grand, trop gros, souvent en retard et constamment désolé, il ne semble jamais être à sa place. Les jeux de rôles auxquels il va se prêter avec de moins en moins de réticences (il endosse successivement celui d’un marié d’un jour, d’un journaliste auprès d’un acteur vieillissant, d’un père retrouvant sa fille de douze ans, etc.) vont toutefois changer la donne. S’il s’agit d’abord pour le film de faire entrer Fraser dans le cadre, il va surtout se charger d’encadrer son personnage, résolument cantonné à tenir, quoi qu’il arrive, le beau rôle. La dernière scène le formule littéralement : alors qu’il se recueille dans un temple bouddhiste, Philip découvre entre deux voiles qui flottent au vent son reflet dans un miroir rond. Cette vision soudaine, redoublée par un plan frontal sur son visage ému et satisfait lui-même bordé par les rideaux, achève de boucler la boucle : le personnage est entré dans le moule et accepte enfin de se regarder tel qu’il est.

Sur un sujet similaire – le film s’inspire d’un véritable phénomène au Japon –, Werner Herzog avait livré avec Family Romance, LLC un point de vue à la fois fasciné et inconfortable sur ces usurpations d’identité, questionnant en creux l’idée même de contrefaçon (quand le faux devient plus vrai que le vrai, le risque est de lui accorder sa préférence). En arrondissant les angles, Hikari opte pour un regard davantage consensuel, empreint de mièvrerie. Le plus embarrassant ici, c’est que le sentimentalisme à l’œuvre tend également à lisser les problématiques soulevées par le récit. À l’image de la bonhommie du personnage, transformé au fil du film en bon samaritain, les situations les plus complexes trouvent malgré tout une issue positive. Ainsi, lorsque la fillette mentionnée découvre le pot aux roses (à savoir que son père était en réalité un acteur engagé par sa mère pour la motiver à réussir ses études et garantir son admission dans un collège prestigieux), elle jette vite l’éponge du ressentiment : Philip restera son ami et sa mère, après de plates excuses, sera rapidement pardonnée. La fin justifie les moyens et le mensonge s’avère profitable dès lors qu’il apaise les esprits et peut être filmé avec tact. Il manque à Rental Family un point de vue qui viendrait bousculer cette logique affective plus artificielle que délicate et surtout dépourvue de trouble.

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