Revanche

Revanche

de Götz Spielmann

  • Revanche

  • Autriche2008
  • Réalisation : Götz Spielmann
  • Scénario : Götz Spielmann
  • Image : Martin Gschlacht
  • Montage : Karina Ressler
  • Producteur(s) : Mathias Forberg, Heinz Stussak, Sandra Bohle, Götz Spielmann
  • Interprétation : Johannes Krisch (Alex), Ursula Strauss (Susanne), Irina Potapenko (Tamara), Andreas Lust (Robert), Hannes Thanheiser (le vieux), Hanno Pöschl (Konecny)...
  • Distributeur : MK2 Diffusion
  • Date de sortie : 11 mars 2009
  • Durée : 2h01

Revanche

de Götz Spielmann

Buffet froid


Buffet froid

Les prémices de cette Revanche sont assez inquiétantes, avec ce titre original en français (coquetterie artistique déjà repérée dans le frimeur norvégien Nouvelle donne) et surtout ces premières minutes annonçant les maniérismes récurrents chez les auteurs jouant à l’intransigeance bruyante : plans fixes tétanisants et silences pesants propres à rendre chaque son impressionnant (tel le long plan de générique sur une eau stagnante soudainement remuée par une pierre tombant avec un bruit amplifié). On craint quelque temps une version hanekienne, simili-bressonienne de l’abjecte « trilogie de la vengeance » du flambeur coréen Park Chan-wook (Sympathy for Mr/Lady Vengeance, Old Boy) : soit une dissertation aussi complaisante que vaine sur une des plus vieilles formes de violence des civilisations humaines. Mais il apparaît assez vite que Götz Spielmann court plus d’un lièvre à la fois, et pas des plus originaux. Suivant en parallèle les vies de deux couples (ici un policier à la vie aisée mais taciturne et délaissant sa femme ; là deux marginaux qui s’aiment d’amour tendre), il place d’emblée la revanche annoncée sous le signe d’une confrontation sociale qu’on voit venir de loin. On se souvient que dans son artificiel Antares (2004), il jouait aussi à confronter trois vies de couples de milieux différents dont il filmait l’intimité dans toute leur crudité, avec un formalisme similaire, et pour un résultat pas franchement probant.

L’histoire ramène au tout-venant du polar. Alex, ancien taulard, travaille dans un bordel viennois où sa petite amie Tamara vend son corps. Pour changer de vie, le couple décide de braquer une petite banque de province, coup a priori sans risque. Mais le hasard met sur leur chemin Robert, un policier qui fait échouer l’opération et abat Tamara pendant leur fuite. Dès lors, réfugié chez un père archétype du vieux campagnard obtus mais aux idées claires, rongé par le deuil puis par une haine sourde, Alex n’aura de cesse que de se rapprocher du foyer de Robert pour obtenir (roulement de tambours…) sa revanche… Le film passe ainsi d’un regard à l’austérité poseuse, sans réel point de vue, sur le milieu interlope de la ville et de l’intimité des deux amants à une illustration, toujours épurée, de lieux communs parfois lourds sur la fuite désenchantée, entre nature silencieuse où on panse ses plaies et indices d’un monde abandonné de Dieu (un calvaire rouillé en guest-star). Si Spielmann tient parfois un début de pertinence de cinéma dans ce dépouillement satisfait de lui-même (sa mise en scène des pulsions vengeresses muettes d’Alex, tandis qu’il coupe du bois, impressionne), on ne quitte pas l’idée que ce talent de filmeur, conjugué à celui de Hannes Krisch l’interprète d’Alex, sert une démonstration des plus dispensables.

Épure et pure esbroufe

L’austérité filmique adoptée comme pose — au nom de Bresson, Pasolini, etc. — face aux turpitudes de l’humanité s’est avérée un bon moyen de briller dans les festivals et de consolider une réputation d’artiste exigeant, radical et sans complaisance — ça a bien marché, par exemple, avec Michael Haneke et Ulrich Seidl, surfaits compatriotes de Spielmann. C’est aussi un des pires procédés par lesquels prétendre faire sortir le cinéma des ornières académiques, la posture sur laquelle on érige le propos n’étant jamais exempte de la roublardise d’un auteur travaillant avant tout pour son propre statut — plongeant ainsi à pieds joints dans cette complaisance qu’elle prétend conjurer. Revanche, lui, s’avère plus malin qu’on ne s’y attend. Après avoir sournoisement laissé planer la perspective d’un cataclysme final propre à conclure bruyamment son exercice de style, son scénario le fait bifurquer dans sa dernière partie vers une fiction dramatique plus conventionnelle qui laisse dans le flou les considérations morales esquissées. Sans vraiment en devenir plus intéressant, Revanche évite de se vautrer complètement dans l’escroquerie intellectuelle et morale dans laquelle des films « d’auteur » cousins par la forme et l’attitude hautaine se sont complus avant lui et se complairont encore après. Reste la question des moyens employés, de la posture adoptée, en regard d’un résultat si en-deçà des ambitions initiales. En parlant d’un cinéma de l’épure, il reste infiniment plus de profondeur et de richesse cinématographique dans un seul plan de Bresson, modèle trop souvent mal cité, que dans un film entier comme celui-ci qui s’en réclame.

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