La Révolte des jouets
La Révolte des jouets
    • La Révolte des jouets
    • Tchécoslovaquie
    •  - 
    • 1946 / 1947 / 1960
  • Réalisation : Břetislav Pojar, Hermína Týrlová
  • La Berceuse (Ukolébavka) de Hermína Týrlová, 1947, 7min
    L’Aventure de minuit (Půlnoční Příhoda) de Břetislav Pojar, 1960, 13min
    La Révolte des jouets (Vpouza Hraček) de Hermína Týrlová, 1946, 14min
  • Distributeur : Malavida
  • Date de sortie : 4 avril 2018
  • Durée : 35min

La Révolte des jouets

Infatigable promoteur de la redécouverte du patrimoine cinématographique d’Europe centrale (notamment, comme ici, l’animation en volume de l’école tchécoslovaque), le distributeur Malavida livre cette semaine un beau programme de trois court-métrages pour enfants, sans paroles et mettant en scène des jouets s’animant d’eux-mêmes. Signés par deux grands noms de leur discipline, Hermína Týrlová et Břetislav Pojar, chacun des films met en œuvre une façon singulière de conjuguer, autour du jouet, un point de vue à sa hauteur et un aperçu du monde réel qui l’entoure.

Placé au milieu du programme, L’Aventure de minuit (Pojar, 1960) est un conte moral autour de l’amitié entre un chef de gare et un train, tous deux en bois, relation contrariée par la nouvelle affection du premier pour un train électrique. Le décor principal est un salon, au pied d’un sapin de Noël, mais par la fenêtre le chef de gare peut percevoir les sons et les lumières du vrai train qui passe devant la maison. Par cette attraction du personnage pour le hors-champ, le film laisse deviner ce qui sous-tend son détournement vers le train électrique : son désir de quitter sa condition de petite figurine primitive, sa fascination pour la puissance et le « progrès » promis par les échos du réel – fantasme qui sera mis à mal quand le bonhomme basculera accidentellement hors du salon et sur la voie ferrée, face au train à taille réelle entrant dans le champ avec fracas. Le moralisme potentiel est ici atténué par le fait que les territoires intérieur (celui des jouets) et extérieur sont traités avec la même technique d’animation jouant sur le mouvement mécanique pour insuffler du vivant aux objets : le très petit et le très grand sont deux manières voisines de traiter le monde comme un terrain de jeu pour le cinéma, il ne s’agit que d’une question d’échelle.

Technique différente que celle de Hermína Týrlová dans les deux court-métrages qui précèdent et suivent celui de Pojar dans le programme, et qu’elle a réalisés dans l’immédiat après-guerre : La Berceuse (1947) et La Révolte des jouets (1946), ce dernier donnant son titre au programme et se distinguant par sa satire antinazie. Les deux films mêlent en effet animation de marionnettes et prises de vues réelles sur des acteurs, et jouent sur deux perspectives différentes vis-à-vis de la figurine et de la présence humaine. Dans La Berceuse, une poupée se démène pour réconforter un bébé qui pleure : le film se joue dans le champ-contrechamp permanent entre les points de vue subjectifs du nourrisson sur le jouet et vice-versa, à peine coupé de quelques plans sur la présence corporelle géante, fragmentaire et finalement extérieure de la maman un peu dépassée. La Révolte des jouets, lui, articule une métaphore patriotique limpide en contant les représailles héroïques des occupants mécaniques d’un magasin de jouets contre le gestapiste obtus mais dépassé qui le saccage. Ici, entre marionnettes et effets spéciaux, la caméra se place en témoin intermédiaire et amusé du petit ridiculisant le grand, du mécanique envahissant l’organique – jusqu’à figurer le dérèglement du monde du nazi par quelques inclinaisons de plans. Aucune pesanteur thématique dans ce traitement : même pour dépeindre des heures sombres, l’important est que tout reste un jeu.