Rock Forever

Rock Forever

de Adam Shankman

  • Rock Forever
  • (Rock of Ages)

  • États-Unis2012
  • Réalisation : Adam Shankman
  • Scénario : Justin Theroux, Chris D'Arienzo, Allan Loeb
  • d'après : le livret du musical Rock of Ages
  • de : Chris D'Arienzo
  • Image : Bojan Bazelli
  • Montage : Emma E. Hickox
  • Producteur(s) : Adam Shankman, Jennifer Gibgot, Tobey Maguire, Matthew Weaver, Scott Prisand, Carl Levin, Garrett Grant
  • Interprétation : Tom Cruise (Stacee Jaxx), Malin Akerman (Constance Sack), Alec Baldwin (Dennis Dupree), Catherine Zeta-Jones (Patricia Whitmore)...
  • Date de sortie : 11 juillet 2012
  • Durée : 2h02

Rock Forever

de Adam Shankman

Beaucoup de bruit pour rien


Beaucoup de bruit pour rien

Rock Forever, c’est tout l’art de transformer un succès rock de Broadway et du West End en un divertissement plutôt médiocre. Car malgré un casting cinq étoiles et l’abattage de Tom Cruise, le film oscille mollement entre le kitsch mal dégrossi et un second degré trop timide pour nous électriser !

Rock Forever est symptomatique de cette nouvelle vague de comédies musicales dites « jukebox » qui brodent une intrigue autour des succès d’un artiste ou d’un genre musical. Là où Mamma Mia revisitait les tubes d’ABBA sous le soleil des Cyclades, Rock Forever parcourt ainsi une décennie de rock eighties plus proche du rock FM, reconnaissons-le, que du hard-rock pur et dur. Sur scène, les spectateurs peuvent se contenter facilement d’un embryon d’histoire. L’énergie des chanteurs et l’euphorie de la mise en scène font le reste. Au cinéma, par contre, les faiblesses dramaturgiques s’exhibent dans toute leur horreur. Rock Forever nous sert ainsi, pendant deux heures, une intrigue foutraque sans grand intérêt (dont on perçoit ça et là des clins d’œil à Footloose et autres Grease). Se mélange ainsi, entre deux chansons de Def Leppard, Foreigner, Poison ou Twisted Sister, l’histoire d’amour d’une provinciale et d’un apprenti chanteur, les déboires d’une rock-star adulée ou encore la campagne anti-rock d’un groupe de puritains.

Il y avait pourtant une bonne idée dans ce projet : celle de mettre un peu de rock dans le musical, et dépoussiérer ainsi le genre avec un style de musique qui lui était, au premier abord, complètement étranger. L’esprit « années 1980 », période à laquelle se situe l’histoire, avait également de quoi séduire. La reconstitution s’amuse d’ailleurs de l’effet « petite madeleine de Proust ». Les looks improbables où le cuir est roi sont évidemment à la fête. Les esprits nostalgiques prendront également plaisir à revoir les premières arcades où l’on jouait à Donkey Kong, ou encore les magasins remplis de 33 tours et cassettes audio. Pourtant, Adam Shankman (à qui l’on doit le pourtant réussi Hairspray) n’en fait pas grand-chose. Pire encore, il rend presque son film ringard tant sa mise en scène est approximative et peu imaginative. Plus d’une fois, on est amené à se demander si le réalisateur est dans le premier degré (et donc le mauvais goût) ou s’il prend la voie du pastiche à la Hot Shots. Pour fonctionner à bloc, le film aurait dû pousser le délire et la parodie beaucoup plus loin, comme le fait le spectacle original. Du coup, le casting paraît sous-exploité. À commencer par Catherine Zeta-Jones, la « méchante » du film que l’on a connue plus inspirée. Alec Baldwin n’est pas mieux servi avec un personnage de manager, au mieux sympathique, au pire caricatural. Finalement, Tom Cruise est le seul à s’en sortir avec les honneurs, dans un rôle qui aurait pu vite être casse-gueule. La peau lisse et les abdos saillants, il réussit à nous faire croire à son statut d’icône du rock hystérique, droguée et un brin obsédée. Mais c’est une maigre consolation. Et pour peu que l’on soit complètement étranger à la culture musicale du film (très anglo-saxonne, reconnaissons-le), Rock Forever se montrera vite pour ce qu’il est : une avalanche de bruit inutile et sans fureur.

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