Romeos

Romeos

de Sabine Bernardi

  • Romeos

  • Allemagne2011
  • Réalisation : Sabine Bernardi
  • Scénario : Sabine Bernardi
  • Image : Moritz Schultheiß
  • Montage : Renata Salazar-Ivancan
  • Musique : Roland Appel
  • Producteur(s) : Janna Velber, Kristina Löbbert
  • Interprétation : Rick Okon (Lukas), Maximilian Befort (Fabio), Liv Lisa Fries (Ine), Felix Brocke (Sven), Silke Geertz (Annette), Gilles Tschudi (Herr Boeken), etc.
  • Distributeur : Outplay
  • Date de sortie : 4 septembre 2013
  • Durée : 1h34

Romeos

de Sabine Bernardi

Question de genre


Question de genre

En s’intéressant au cas d’une jeune femme en plein processus de changement de sexe, la réalisatrice allemande Sabine Bernardi souhaitait mettre en exergue les difficultés d’intégration qui se posent aux transsexuel(le)s et plus particulièrement aux FTM (Female to Male). En dépit des nombreuses maladresses et des schémas scénaristiques bien trop prévisibles, Romeos parvient néanmoins à restituer une certaine difficulté de l’être, coincé dans un entre-deux.

Le cinéma, mis à part dans sa niche LGBT, donne rarement la possibilité à des personnages transsexuels d’occuper le premier plan. Dans Romeos, le parcours de Lukas n’est pas sans rappeler celui de Brandon Teena (mémorable Hilary Swank), jeune femme travestie en homme et plongée dans l’enfer crasse de l’Amérique white trash de Boys Don’t Cry signé Kimberly Peirce (1999). Sauf qu’à la différence de son cousin américain, Lukas ne fait pas que revêtir un autre costume pour reproduire d’une certaine manière un schéma hétérosexuel dominant (Brandon tombait notamment amoureux de Lana, jouée par Chloë Sevigny), il entame un vrai processus de transformation pour devenir ce qu’il a toujours souhaité être : un garçon, quitte à en reproduire les stéréotypes (sentir la sueur) et à s’épuiser en exercices musculaires lors d’un été caniculaire. Surtout, une fois devenu homme, cela ne l’empêche pas de tomber amoureux de Fabio, jeune latino joueur et dragueur qui ne sait rien de sa transformation en cours. Ainsi, Romeos nous rappellera à juste titre que la transsexualité n’amène pas vers l’hétérosexualité, comme l’illustrait tout aussi brillamment le documentaire de Sébastien Lifshitz sur Bambi.

Au-delà de ce sujet à haute teneur sociologique, le film peine considérablement à sortir des situations les plus attendues. L’amour ambigu (entre désir de l’autre et désir d’être comme l’autre) que porte Lukas au sulfureux Fabio est source de rebondissements prévisibles, prenant de faux et inutiles détours pour finalement offrir au spectateur ce qui lui était refusé depuis le début : un acte sexuel consommé. Autour de ce leitmotiv obsessionnel, se dessine une galerie de personnages secondaires totalement inconstants : Ine, la fausse-bonne copine compréhensive quand ça l’arrange, Sven, le doux-attentionné qui manque cruellement de délicatesse au moment espéré, etc. Le plus grand ratage de cette écriture bien trop conventionnelle compte tenu des enjeux abordés est probablement la relation qui lie Lukas à sa petite sœur faussement complice. Comment ne pas penser à la délicate ambiguïté qui se dégageait de Tomboy dans un contexte similaire en voyant la scène-clé de Romeos, tellement équivoque qu’elle en devient gênante dans sa manière de vouloir tout confronter, tout dévoiler ? C’est le même embarras qui survient lorsqu’on aborde la question médicale de la transformation : entre nécessité scénaristique et voyeurisme complaisant, on a le désagréable sentiment que la réalisatrice n’a jamais vraiment tranché.

En dépit de cette lourdeur, quelque chose fonctionne malgré tout, probablement grâce à l’interprétation de Rick Okon (dans le rôle de Lukas) qui cherche tout sauf le tour de force. Quand la réalisatrice extirpe son personnage principal des scènes de confrontation (Lukas-Ine, Lukas-Fabio, etc.), elle parvient à restituer avec une certaine sensibilité une vraie difficulté d’être. L’entre-deux dans lequel se situe le personnage principal (une transformation loin d’être achevée) oblige à toutes sortes de compromis pour vivre parmi les autres. C’est ce malaise conjugué à une obstination sans faille d’aller jusqu’au bout du processus qui donne à Romeos tout son élan et une incarnation qui fait défaut dès lors que les personnages secondaires tentent de tirer la couverture vers eux. D’une certaine manière, c’est comme si la réalisatrice n’avait jamais réussi à faire cohabiter deux films : d’un côté, ceux qui doivent s’adapter à la transformation de quelqu’un qu’ils ont toujours connu, de l’autre, l’affirmation d’un jeune garçon dans sa nouvelle identité de genre. Les deux sont pourtant liés mais Sabine Bernardi n’a pas su construire le point de circulation entre ces enjeux.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !