Cassandra et Rose sont jolies mais pauvres. Ou plutôt pauvres mais jolies. L’une a séduit le domestique de la maison, un jeune homme beau (mais pauvre). L’autre s’arrache les faveurs de deux Américains. Qui finira avec qui ? Voici tout le dilemme de ce minuscule film, qui séduira peut-être quelques adolescentes entre 14 ans et 14 ans et demi. Les autres bâilleront poliment.
Il était une fois deux jeunes filles vivant pauvrement dans un vieux château délabré. Leur mère était morte depuis longtemps déjà. Leur père, ancien écrivain à succès, ne parvenait ni à retrouver l’inspiration, ni à nourrir sa famille… Tout commence somme toute plutôt bien : la campagne anglaise, magnifique et brumeuse, a un petit côté Emily Brontë et ses Hauts de Hurlevent. Quant à cette famille complètement frappadingue, on se prépare à l’aimer sans restriction : de la belle-mère artiste – qui aime se déshabiller sous la pluie… – à Rose, petite précieuse ridicule prête à « épouser un singe s’il était riche ».
Mais passé les dix premières minutes, nos espoirs s’envolent en fumée. Car Rose et Cassandra n’est tout bêtement qu’une chronique niaise des premiers émois amoureux. Chaque scène est convenue : voix-off de la narratrice rédigeant son journal intime, poursuites sur la plage ou autour d’un feu, adieux larmoyants sur un quai de gare, premiers baisers après un dîner aux chandelles… Englués dans toute cette banalité, les personnages perdent petit à petit leur potentiel comique ou émotif pour devenir prodigieusement insipides, à commencer par les personnages principaux, créés à partir d’un jeu de contraires : opposition entre Rose, la rousse piquante délurée et ambitieuse, et sa sœur Cassandra, blonde introvertie, pudique et romantique ; opposition entre les deux frères américains, le petit brun – intellectuel et réfléchi –, et le grand blond – viril et spontané.
L’esthétique du film, entre néo-romantisme et roman de gare, n’améliore rien. Des décors aux costumes, en passant par les mouvements de caméra, classiques et prévisibles, Rose et Cassandra est un film paresseux dont même les plus belles scènes paraissent trop évidentes. Les actrices assurent le service minimum, sans beaucoup de subtilité. Pour Romola Garai, vue en amie de Reese Witherspoon dans Vanity Fair, et Rose Byrne, sosie de Natalie Portman dans Star Wars, ce baptême du feu (il s’agit de leur premier grand rôle) aura sans doute le goût de l’échec. Qu’il leur soit donné une seconde chance est bien entendu notre vœu le plus cher… En attendant, on peut toujours essayer de tromper l’ennui des cent dix minutes de film en comparant leurs performances respectives : une bien pauvre compensation.