Sauvage
© Pyramide Distribution
Sauvage
    • Sauvage
    • France
    •  - 
    • 2018
  • Réalisation : Camille Vidal-Naquet
  • Scénario : Camille Vidal-Naquet
  • Image : Jacques Girault
  • Décors : Charlotte Casamitjana
  • Costumes : Julie Ancel
  • Son : Jérémie Vernerey, Julien Roig, Benjamin Viau
  • Montage : Elif Uluengin
  • Musique : Romain Trouillet
  • Producteur(s) : Emmanuel Giraud, Marie Sonne Jensen
  • Production : Les Films de la Croisade, La Voie Lactée
  • Interprétation : Félix Maritaud (Léo), Éric Bernard (Ahd), Nicolas Dibla (Mihal), Philippe Ohrel (Claude)
  • Distributeur : Pyramide Distribution
  • Date de sortie : 29 août 2018
  • Durée : 1h37

Sauvage

réalisé par Camille Vidal-Naquet

Le jeune Léo, quand il n’est pas sous l’emprise du crack ou du shit, est un prostitué homosexuel qui vend ses charmes sur le bord de la route. Dans Sauvage, premier film du Français Camille Vidal-Naquet, son errance est construite au rythme de trois consultations chez le médecin en forme d’étapes initiatiques. La première n’est qu’un jeu de rôle sexuel, où le docteur s’avère vite être l’un des nombreux clients du jeune homme. Le second est un véritable médecin qui va tenter de résoudre ses problèmes respiratoires et, pourquoi pas, essayer de l’aider à rentrer dans le rang. Le dernier, un autre vrai médecin, le rappellera à sa profonde sauvagerie, à son instabilité qui fascine autant qu’elle effraie (Léo est attirant mais risque de tout quitter à tout moment). Ce parcours chaotique alternera entre le film d’apprentissage et le portrait de marginal, sans jamais véritablement plonger ni dans l’un ni dans l’autre. La première nature de Sauvage, celui du film initiatique, manque d’originalité pour susciter un véritable intérêt ou un soupçon d’excitation. La faute sans doute à la prévisibilité de sa structure narrative et à l’application avec laquelle Vidal-Naquet reproduit sagement l’évolution psychologique habituelle d’un inadapté. Derrière le quotidien de cet escort-boy aux péripéties tantôt humiliantes, tantôt attendrissantes, se cachent, comme on s’y attend, un manque affectif, un besoin de reconnaissance et une incapacité à se ranger ou à se conformer à la norme.

Au calme

La seconde nature de Sauvage, celle du portrait d’un marginal situé à la lisière de l’échappée picaresque, dégage quant à elle un indéniable vent de fraîcheur à travers les traits de ce jeune intranquille, condamné à rester l’œil de son propre cyclone. Si les quelques panoramiques verticaux, traversant les décors à toute vitesse et guidant notre regard jusqu’au jeune Léo, ont de quoi surprendre au départ (car rompant avec une mise en scène souvent simplement illustrative), ils parviennent à donner un souffle dynamique à ce premier film en quête d’identité. Le mouvement permanent de Léo et son amour passionnel pour Ahd, qu’il aime plus qu’il ne s’aime lui-même, parviennent à faire remonter à la surface du film une énergie primitive et animale, une fougue pleine de bruit et de fureur. Il n’est alors pas étonnant que Léo ne parvienne qu’à se détendre dans le calme, contre un torse nu au petit matin ou sur le bord d’un pont traversant un dépôt de trains, là où, seul, il peut brièvement songer à prendre un nouveau départ. Car une fois reposé et apaisé par un silence qui se fait rare, Léo ne peut que repartir de plus belle, addict au bruit assourdissant des réacteurs d’avions qui décollent près de la forêt où il se prostitue comme au son des basses tonitruantes de ses nuits agitées. L’apaisement final de Sauvage, où Léo fait corps avec la nature l’enveloppant, n’est que le préambule d’une nouvelle tempête qui se profile à l’horizon. Avec ce premier film prometteur bien que parfois attendu, Vidal-Naquet aura, quoi qu’il arrive, fourni à son acteur principal, Félix Maritaud, un personnage à l’ivresse corporelle saisissante et propice, dans ses circulations de la frénésie à l’apaisement, à une composition remarquable.

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