Sea Fog – Les Clandestins
Sea Fog – Les Clandestins
    • Sea Fog – Les Clandestins
    • (Haemoo)
    • Corée du Sud
    •  - 
    • 2014
  • Réalisation : Shim Sung-bo
  • Scénario : Shim Sung-bo, Bong Joon-ho
  • Image : Hong Kyung-pyo
  • Décors : Lee Ha-joon
  • Costumes : Choi Se-yeon
  • Son : Lee Seung-chul
  • Montage : Kim Sang-bum, Kim Jae-bum
  • Producteur(s) : Bong Joon-ho, Cho Neung-yeon, Lewis Taewan Kim
  • Interprétation : Kim Yoon-suk (capitaine Kang Chul-joo), Park Yoo-chun (Dong-sik), Han Ye-ri (Hong-mae)...
  • Distributeur : The Jokers, Le Pacte
  • Date de sortie : 1 avril 2015
  • Durée : 1h51
  • voir la bande annonce

Sea Fog – Les Clandestins

Haemoo

réalisé par Shim Sung-bo

La pêche n’étant plus ce qu’elle était en Corée du Sud suite à la « crise asiatique » (nous sommes en 1998), un capitaine et son équipage acceptent de récupérer et de convoyer des immigrés clandestins sur la mer de Chine. C’est évidemment dangereux, mais bientôt les garde-côtes seront le cadet des soucis des personnes à bord… Sans trop éventer l’intrigue de Sea Fog, ajoutons simplement que, contrairement à un certain film de John Carpenter, le brouillard du titre, qui apparaît à la moitié du long métrage, ne véhicule rien de fantastique. Prétexté par un élément naturel mais dont la texture appelle l’abstraction visuelle, il sert au confinement d’un huis-clos où les rapports de pouvoir et les pulsions des dominants macèrent jusqu’à la prévisible explosion. Le film n’est pas pour autant étranger au domaine de l’épouvante. Travaillant efficacement les circulations entre les espaces à sa disposition – soit l’extérieur cerné (le pont), l’intérieur large et obscur (la cale) et l’intérieur exigu aux multiples recoins (la salle des machines), s’appuyant sans effort sur l’abstraction de l’arrière-plan brumeux pour créer à l’extérieur une ambiance fantomatique, Shim Sung-bo, dont c’est le premier long métrage, maintient avec succès une tension permanente, et fait flirter son film à la fois avec le film de fantômes et l’avatar d’Alien, où le bateau paraît une entité plus grande qu’elle ne devrait être, un espace hors du réel, hanté par des hommes dans les rôles de dangereuses créatures.

Reste que, quand la dimension de fable moraliste sur la folie des hommes prend le dessus, les qualités de faiseur qui soutiennent Sea Fog dissimulent moins bien ses limites. C’est que malgré tout son travail d’atmosphère, Shim Sung-bo a du mal à convaincre tout à fait de l’abandon des personnages à leurs bas instincts – c’est-à-dire convaincre qu’il serait dû à autre chose qu’à une mécanique de scénario. Que ces personnages soient caractérisés à gros traits n’est pas vraiment le problème, mais le film n’en glisse que plus facilement vers une hystérie générale censée exprimer bruyamment les pulsions agressives, et qui laisse le spectateur observer un peu en surplomb ce spectacle gesticulant entre bouffonnerie et gravité, entre dérisoire et tragédie. S’agissant de jouer sur les rapports de pouvoir, de possession, de domination, le fait que le cinéaste laisse son propre pouvoir de conteur forcer ces rapports a quelque chose de gênant, qui interfère avec l’émotion que le film semble appeler avec sa propension au pathos (lequel pourrait être apprécié s’il ne virait pas à cette hystérie chorale).

Navigation sous influence

Ce n’est pas nouveau : le poids du pouvoir du cinéaste, c’est une grande affaire du cinéma sud-coréen, qui verse souvent dans l’abus de pouvoir sur ce point. Shim Sung-bo, lui, reste sage, mais le spectacle de Sea Fog a tout de même des accents bien familiers. La mention la plus notable du CV du réalisateur est d’avoir coécrit le scénario de Memories of Murder de Bong Joon-ho – lequel lui renvoie en quelque sorte l’ascenseur en coécrivant et coproduisant Sea Fog. Difficile donc de voir une simple coïncidence dans les similitudes entre ce film et ceux de Bong Joon-ho : Snowpiercer en premier lieu, sur la communauté en vase clos et la régression vers un ordre dominant-dominé établi puis ébranlé avec la plus grande brutalité ; mais tous, pour le souci de maîtrise de la mise en scène (nonobstant la différence de virtuosité) et le cynisme un peu facile brandi en excuse à la jouissance distanciée des comportements régressifs (le problème étant, bien entendu, moins dans la jouissance que dans l’excuse de la vision moraliste). Du coup, la sympathie qu’on pourrait nourrir pour ce conte de marin se trouve, elle aussi, mise à distance.

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