Separate Lies

Separate Lies

de Julian Fellowes

  • Separate Lies

  • Royaume-Uni2005
  • Réalisation : Julian Fellowes
  • Scénario : Julian Fellowes
  • d'après : le roman A Way Through the Wood
  • de : Nigel Balchin
  • Image : Tony Pierce-Roberts
  • Montage : Alex Mackie
  • Musique : Stanislas Syrewicz
  • Producteur(s) : Christian Colson, Steve Clark-Hall
  • Interprétation : Tom Wilkinson (James Manning), Emily Watson (Anne Manning), Rupert Everett (Bill Bule), Hermione Norris (Priscilla), John Warnaby (Simon), Richenda Carey (Sarah Tufnell), Linda Bassett (Maggie)...
  • Date de sortie : 29 mars 2006
  • Durée : 1h26

Separate Lies

de Julian Fellowes

Trois petits bourgeois


Trois petits bourgeois

James et Anne Manning ont tout du couple heureux tendance haute société londonienne : Monsieur est un avocat d’affaires respecté, Madame s’épanouit dans une oisiveté remplie par l’entretien de leurs deux résidences communes, à Londres et à la campagne. La mort accidentelle de l’époux de leur femme de ménage, renversé par un chauffard à deux pas de leur maison secondaire, vient perturber cette apparente tranquillité…

Premier film du scénariste de Gosford Park (Robert Altman, 2001), plongée mordante dans les couloirs qui séparent les maîtres des servants dans la haute bourgeoisie anglaise du début du vingtième siècle, Separate Lies reprend la formule « Cluedo / Agatha Christie » chère à son auteur. Mais comme pour Gosford Park, l’intrigue de base est un leurre. Le cœur du film, c’est la dissection de la lente désagrégation d’un couple, des mensonges que chacun est amené à inventer et des éventuels compromis et sacrifices qui émaillent leur chemin. Vaste et ambitieux programme, qui entend dépasser un postulat classique (le mari, la femme, l’amant, le crime) pour aboutir à une étude de mœurs sur la culpabilité et le pardon.

Pour tous ceux qui auront vu Match Point, le dernier film de Woody Allen, la comparaison est inévitable et dessert, forcément, Separate Lies. Là où, sur un sujet et un décor assez similaires, le cinéaste new-yorkais débordait de cruauté, d’acuité et d’érotisme, le film de Fellowes sent un peu le moisi. En premier lieu, Fellowes manque sérieusement d’acidité dans sa peinture sociale : son parti pris est peut-être plus réaliste, mais le caractère romanesque du scénario créé un contraste maladroit qui n’aboutit à rien. En conséquence, les personnages manquent singulièrement de relief malgré toute la bonne volonté de Tom Wilkinson et Emily Watson, qui prend visiblement beaucoup de plaisir à jouer la bourgeoise adultère et manipulatrice. Tout au moins le talent des deux comédiens parvient-il à éviter la caricature, ce dont Rupert Everett, dans le rôle de l’amant pourri jusqu’à l’os (et qu’un revirement de situation grotesque viendra pieusement punir et « sauver » en même temps) semble bien incapable.

Par ailleurs, à trop vouloir multiplier les niveaux de lecture et rajouter de la matière à son propos, Julian Fellowes se disperse. Sans aucun doute, Separate Lies aurait gagné à se contenter de son postulat de départ : qui est le chauffard ? Pourquoi Anne et son amant mentent-ils ? James est-il le manipulateur ou le manipulé ? Comme si le principe du « whodunit » n’était pas assez noble pour le réalisateur, qui préfère s’embarquer dans un drame psychologique pour lequel il n’est clairement pas suffisamment armé. La tension, le piquant qui faisaient le charme léger de la première partie du film retombent pour laisser place à une énième variation sur les thèmes du don de soi et du pardon, qui aurait pu être intéressante si Fellowes avait su faire preuve d’un peu plus de subtilité. Au lieu de quoi, le film se transforme en édifiante leçon de morale aussi agréable qu’un cours de catéchisme. À l’arrivée, Separate Lies décevra autant les amateurs de mélo que les mordus de polar à l’anglaise…

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