Signer
Signer
    • Signer
    • France
    •  - 
    • 2018
  • Réalisation : Nurith Aviv
  • Image : Tulik Galon, Nurith Aviv, May Gribler, Shai Levy, Sara Yona Zweig
  • Son : Michael Goorevich, Dominique Vieillard
  • Montage : Nurith Aviv, Rym Bouhedda
  • Producteur(s) : Farid Rezkallah, Annie Dekel-Ohayon, Itai Tamir, Ami Livne, Serge Lalou
  • Production : 24images, Laila Films, Les Films d'Ici, KTO
  • Interprétation : Pr Wendy Sandler, Pr Irit Meir, Emmanuelle Laborit, Simi Ohanun, la famille Menashe (Debbi, Eyal, Hagar et Yahav), Aviva Cohen, Gal Naor, Meyad Sarsour-Ndaye, Daniel Ndaye, les membres du centre des sourds de Kafr Qasem, Sara Lanesman et ses élèves, Gal Belsitzman, Pr Atay Citron et la troupe Ebisu
  • Distributeur : 24images
  • Date de sortie : 7 mars 2018
  • Durée : 1h

Signer

réalisé par Nurith Aviv

La pratique de la langue, telle que filmée par Nurith Aviv à sa manière toujours aussi rigoureuse qu’ouverte, semble ne jamais devoir finir de témoigner du monde au-delà de ses termes. Avec Signer, la cinéaste trouve encore une zone d’inconnu pour y lancer sa méthode, puisque sa matière est cette fois une langue de minorités parmi les minorités : la langue des signes, ou plus précisément les langues des signes pratiquées en Israël. Car on apprendra que, malgré les travaux de normalisations nationales, un territoire comme celui-ci peut accueillir ou générer plusieurs langues des signes, et celles-ci évoluer et se mélanger entre elles pour en former d’autres, au gré de l’histoire migratoire du pays, et des degrés de communication et de séparation entre les communautés de sourds ; et que même l’art peut s’emparer pour ouvrir de nouvelles perspectives de langage.

En filigrane, le film laisse lire le sens paradoxal qu’offre l’existence de telles langues. Faites pour maintenir le lien des sourds entre eux (même au-delà d’autres frontières inter-communautaires, comme en témoigne un couple mixte interrogé) et avec le monde dominé par les « entendants », leur division en « cellules » linguistiques ne se rencontrant pas toujours met en évidence les fractures dessinées par les histoires nationales et régionales. Pour Nurith Aviv, parcourir le pays sur la piste de son film (et le parsemer pertinemment de plans de paysages défilant), c’est arpenter un territoire comprenant plus de fissures intimes qu’on nous le montre habituellement (ces images trop bien admises d’un Israël disputé entre Juifs et Arabes). Et il y a de la beauté dans ce voyage et ces moments auprès des pratiquants et chercheurs de ces langues : c’est que l’ouverture totale du regard de la cinéaste invite le nôtre à franchir, à notre tour, la frontière que l’écran met entre nous (que nous soyons entendants ou sourds) et le sujet. Peut-être plus encore que dans des films comme Langue sacrée, langue parlée ou Traduire, Signer accorde une attention équilibrée entre la pratique quotidienne et les considérations théoriques sur les langues. L’image nous rend témoins d’échanges sans mots où l’on s’intéresse aux gestes des mains et des visages, à leurs personnalités (une mère et sa fille signant à des rythmes différents), aux efforts de deux langues des signes différentes mais voisines de communiquer entre elles. Et le quasi-silence invite lui aussi à l’attention, au point que les sons de gorge ou ambiants (on entendra des traînements de pieds) résonnent comme des parasites rendant les scènes encore plus vivantes. Telle est, en quelque sorte, la signature du cinéma de Nurith Aviv : sous la rigueur des principes, laisser le regard embrasser ces décryptages a priori confidentiels mais révélateurs du monde.