Sonate pour Roos
© Arizona Distribution
Sonate pour Roos
    • Sonate pour Roos
    • (Verdwijnen)
    • Pays-Bas, Norvège
    •  - 
    • 2017
  • Réalisation : Boudewijn Koole
  • Scénario : Jolein Laarman
  • Image : Melle van Essen
  • Costumes : Manon Blom
  • Son : Mark Glynne
  • Montage : Gys Zevenbergen
  • Musique : Alex Simu
  • Producteur(s) : Ineke Kanters, Jan van der Zanden
  • Interprétation : Rifka Lodeizen (Roos), Elsie de Brauw (Louise), Marcus Hanssen (Bengt), Jakob Oftebro (Johnny)
  • Distributeur : Arizona Distribution
  • Date de sortie : 18 avril 2018
  • Durée : 1h32

Sonate pour Roos

Verdwijnen

réalisé par Boudewijn Koole

Le dernier film de Boudewijn Koole ne laisse aucune ambiguïté quant à l’influence bergmanienne : certaines scènes de Sonate pour Roos sont en effet de véritables citations du film d’Ingmar Bergman Sonate d’automne réalisé en 1978. Sans compter que le sujet qu’aborde le film se révèle très proche : Roos, une jeune femme photographe vient passer quelques jours en Norvège chez sa mère pianiste avec qui les relations sont on ne peut plus froides. Elle va toutefois être amenée à briser la glace puisqu’elle doit lui annoncer, ainsi qu’à son petit frère, qu’elle est gravement malade.

Si cette inspiration se ressent nettement dans une première partie qui insiste sur les difficultés que Roos éprouve à se rapprocher de sa mère, c’est à l’issue d’une scène de confrontation entre les deux femmes que le film finit par prendre une toute autre direction. Plutôt que de se concentrer sur la fin du non-dit, le film s’attache à mettre en scène comment Roos se met à l’écoute de son corps, progressivement rongé par une maladie restée inconnue. C’est en explorant la relation presque fusionnelle qu’elle entretient avec son petit frère que le film se recentre sur le vécu de Roos à travers ce qu’on pourrait définir comme une poétique de la pulsation.

Une expérience sonore du corps vécu

Tous deux animés par une même passion pour l’enregistrement du réel, Roos et son petit frère semblent en effet incarner à eux deux les organes sensoriels d’un même corps : elle le photographie tandis qu’il enregistre son souffle et les battements de son cœur. Le cœur et la respiration sont dès lors autant de pulsations qui viennent figurer la résistance vitale du corps de Roos à la maladie. En enregistrant les échos produits par la fonte d’un impressionnant mur de glace sonorisé, le travail de mixage du petit frère de Roos finit par devenir la bande originale du film : les sons du piano, de la nature et du corps humain se confondent harmonieusement en une même pulsation vitale qui devient le principe esthétique du film. C’est à travers ce pertinent travail du son que le film parvient à rendre le vécu subjectif de Roos, et le choix des paysages enneigés contribue également à retranscrire cette singulière expérience du corps vécu en insistant sur l’acoustique si spécifique que confèrent la neige et la glace et qui oblige chacun à écouter son propre corps.

L’indéniable « ça a été » de la photographie

En insérant dans le flux même du film les photographies que Roos prend sur le vif, le réalisateur nous donne ainsi accès au regard de son protagoniste et à sa sensibilité. Ces images fixes qui font progressivement basculer le film vers un certain passé de l’image photographique, ponctuent le flux des images comme pour signifier une pulsation en perte de régularité ; justement celle du cœur de Roos. Pour la plupart des macrophotographies et des gros plans d’objets du quotidien, ces photographies contribuent également à ancrer le film dans un vécu réaliste grâce au « ça-a-été » indéniable que la photographie convoque toujours.

À travers ce travail sur la fixité de l’image photographique, Boudewijn Koole met en scène une certaine arythmie de la pulsation visuelle et sonore qui semble figurer la fin du film et celle du corps de Roos. Plus qu’une simple touche poétique, elle permet de traduire avec justesse un ressenti physique complexe. Quant à la pudeur qui fait choisir au réalisateur de ne jamais justifier les choix de Roos, elle est sûrement ce qui permet au film de ne pas endommager cette finesse dont il fait preuve.