The Cakemaker
The Cakemaker
    • The Cakemaker
    • Allemagne, Israël
    •  - 
    • 2017
  • Réalisation : Ofir Raul Graizer
  • Scénario : Ofir Raul Graizer
  • Image : Omri Aloni
  • Décors : Yael Bibelnik, Daniel Kossow
  • Costumes : Lilu Goldfine
  • Montage : Michal Openheim
  • Musique : Dominique Charpentier
  • Producteur(s) : Itai Tamir
  • Production : Film Base Berlin, Laïla Films
  • Interprétation : Tim Kalkhof (Thomas), Sarah Adler (Anat), Roy Miller (Oren), Zohar Shtrauss (Moti), Sandra Sade (Hanna), Stephanie Stremler (Sophia)
  • Distributeur : Damned Distribution
  • Date de sortie : 6 juin 2018
  • Durée : 1h44

The Cakemaker

réalisé par Ofir Raul Graizer

Thomas, un jeune pâtissier allemand, entretient une liaison avec Oren, un homme marié israélien qui multiplie pour le travail les allers-retours entre Berlin et Jérusalem. Très investi dans cette relation bien installée (les deux hommes vivent ensemble), Thomas doit faire un jour face au silence assourdissant de son amant… jusqu’à ce qu’il apprenne que ce dernier est en fait décédé dans un accident de voiture dans son pays d’origine. L’homme endeuillé décide de tout quitter pour Jérusalem où il rencontre Anat, l’épouse d’Oren, sans rien lui dire du lien qui l’unissait à son défunt mari. L’argument du film repose alors sur cet enjeu cousu de fil blanc : comment deux individus qui sont confrontés à la même perte vont-ils trouver le moyen de se parler pour surmonter leur douleur commune ? Pour complexifier le possible rapprochement et la complémentarité des besoins entre le veuf et la veuve, le scénario rend prisonnière Anat d’un milieu juif orthodoxe conservateur qui ne voit pas d’un très bon œil l’arrivée de cet Allemand dont les talents de pâtissier semblent incompatibles avec la tradition casher du café où ils se retrouvent à travailler ensemble.

La somme des enjeux

Après quoi court le réalisateur Ofir Raul Graizer ? On se le demande tant le film emprunte plusieurs directions sans vraiment s’affirmer dans aucune. La peinture d’une histoire d’amour homosexuelle contrariée ? Le récit n’aura même pas pris la peine d’installer cette relation en dehors de telles conventions d’écriture (la rencontre, la première fois, l’habitude puis le vide) qu’on a rapidement le sentiment que ce point de départ n’était qu’un prétexte assez banal à l’exploitation d’une douleur. L’insurmontable deuil de Thomas, soudainement privé de celui qu’il aimait ? La présence atone de l’acteur l’incarnant et l’économie de dialogues dont le scénario fait ostensiblement preuve à son sujet rendent ses sentiments opaques, à l’exception notable d’une scène où le personnage semble enfin lâcher prise, donnant encore une fois le sentiment que le dispositif ne visait qu’à courir après ce bel effet dramatique quasi final. Le portrait d’une femme en souffrance que le poids des traditions religieuses enferment dans le silence ? Là encore, ce contexte sera à peine plus qu’un décorum attribuant à chacun le rôle de circonstances (la mère douce et compréhensive, le beau-frère suspicieux et ultra-conservateur) pour justifier la présence d’énergies contradictoires.

L’aplat et la distance

La mise en scène n’est pourtant pas dénuée de qualités : maniant avec une belle sobriété l’art de l’ellipse, le réalisateur évite à ses personnages d’embarrassantes scènes d’explications où tout serait verbalisé. Cette retenue fait de The Cakemaker un objet estimable qui ne rue pas dans les brancards du mélodrame putassier. Mais elle constitue aussi sa principale limite tant elle trahit le manque d’engagement d’un réalisateur souhaitant limiter la prise de risques. Pas vraiment capable de formuler une proposition forte, préférant pour cela un parti-pris naturaliste pâlichon dont la distance semble souvent affectée, Ofir Raul Graizer donne l’impression de passer complètement à côté de son film. Les scènes se succèdent selon un agencement logique mais dans une indifférence polie, précipitant les deux personnages principaux vers un point de non-retour qu’on aura vite fait d’anticiper. Qu’on ne s’y trompe pas concernant la fin doublement ouverte (dans les interprétations possibles qu’elle offre mais aussi dans les révolutions à venir qu’elle semble introduire) : elle n’est qu’un habile trompe-l’œil qui ne fait jamais dévier le film de la zone de confort où il nous a tranquillement installés dès les premières scènes, donnant le sentiment d’un résultat plaisant qui ne fait que toucher du bout des doigts le cataclysme que traversent pourtant ces deux personnages endeuillés.