Sorte de Lost surexcité en milieu urbain, The Midnight After rassemble, dans une scène d’exposition au montage frénétique, seize personnages dans un mini-bus avant de leur faire subir une aventure teintée de surnaturel et, surtout, barbouillée d’un épais mystère résistant à toute explication cohérente : alors que le mini-bus se dirige vers le district hongkongais de Tai Po, l’humanité semble s’être évanouie, laissant les passagers seuls sur terre, sans savoir si ce sont eux ou les autres qui sont morts.
Un grand n’importe quoi jubilatoire
Véritable trip – trajet en bus et délire halluciné –, The Midnight After de Fruit Chan porte à l’écran la websérie Lost on a Red Mini Bus to Taipo, un roman-feuilleton publié sur internet par l’auteur anonyme Pizza et devenu un phénomène éditorial quand il eut l’honneur d’une sortie en librairie courant 2012. Navigant à vue dans un empilement de situations grotesques et d’énigmes irrésolues, l’intrigue a tout d’une bouillie fière de ses gros morceaux, s’étalant dans un grand n’importe quoi tour à tour particulièrement jubilatoire et franchement navrant. Fidèle à cet esprit je‑m’en-foutiste qui contamine chaque piste aussitôt avortée, le film ne cherche jamais à dissimuler la production aux modestes moyens qu’il est pour, justement, employer comme un tremplin comique son esthétique bariolée toute en bouts de ficelle. D’une certaine manière, ce survival apocalyptique bricolé a tout pour incarner une alternative fauchée au This Is the End pourri gâté des jeunes loups d’Apatow : des effets spéciaux comme on n’en fait plus depuis les années 1990 (visages en latex tuméfiés au bord de l’explosion, grossière désintégration minérale des corps réduits en miettes rocailleuses) et une image numérique occasionnellement carrelée de pixels.
Écrasé par son propre poids
Assez désopilant dans sa manière de slalomer à toute berzingue entre les lieux communs propres aux genres horrifiques et apocalyptiques (pot-pourri de phobies contemporaines avec, notamment Fukushima et la grippe aviaire, explications bidons qui finissent en cul-de-sac, zigouillage progressif d’un bon nombre de personnages secondaires…), The Midnight After peine un peu à s’installer durablement dans les temps morts de son récit. Incapable de vraiment gérer les scènes où se déploient ses enjeux moraux (la consternante mise à mort collective d’un personnage coupable de viol, filmée sur un mode humoristique), le film subit par moments le poids de sa propre surcharge. L’empâtement de son mauvais goût malicieux se révèle d’autant plus regrettable que, dans ses meilleurs passages, cette nouvelle réalisation de Fruit Chan parvenait à ouvrir quelques brèches comiques prometteuses.