© Bodega Films
The Wall

The Wall

de Philippe Van Leeuw

  • The Wall

  • Belgique, Luxembourg, Danemark, États-Unis2023
  • Réalisation : Philippe Van Leeuw
  • Scénario : Philippe Van Leeuw
  • Image : Joachim Philippe
  • Producteur(s) : Guillaume Malandrin
  • Production : Beofilm, Altitude 100
  • Interprétation : Vicky Krieps (Jessica Comley), Steve Anderson (Adam Comley), Mike Wilson (Jose Edwards), Ezekiel Velasco (Zeke)...
  • Distributeur : Bodega Films
  • Date de sortie : 18 décembre 2024
  • Durée : 1h36

The Wall

de Philippe Van Leeuw

Chassés et croisée


Chassés et croisée

Difficile d’expliquer précisément ce que cherche à raconter The Wall, tant le film semble tiraillé entre plusieurs dynamiques. Partons du titre : le mur en question est celui érigé sur la frontière américano-mexicaine pendant le premier mandat de Donald Trump. Dans ses meilleures scènes, le film explore les espaces qui le bordent, du poste frontalier où Jessica Comley (Vicky Krieps) vient travailler chaque jour, aux passages interlopes empruntés par les Amérindiens vivant dans la région. Philippe Van Leeuw esquisse de cette manière une petite géographie de ce bout du monde, sorte de no man’s land qui change de nature selon le point de vue adopté. La police des frontières monte la garde comme elle le ferait aux abords d’une forteresse, les immigrés le traversent tête baissée telles des proies traquées par des chasseurs, tandis que les Amérindiens s’y déplacent librement, faisant fi de cette démarcation entre deux pays qu’ils ne reconnaissent pas. Les lignes dessinées par ces déplacements constituent l’aspect le plus convaincant du film, en ce qu’elles figurent une conflictualité, avec d’un côté les allers-retours des policiers parallèles au tracé du mur, et de l’autre les passages des Amérindiens et des migrants, perpendiculaires à la frontière. Le climax du film survient d’ailleurs au terme d’une longue séquence en montage alterné, durant laquelle ces lignes se rapprochent l’une de l’autre jusqu’à ce qu’une catastrophe éclate lors de leur croisement.

De part et d’autre

Ce motif récurrent de la croix matérialise par ailleurs une autre opposition : celle des différents rapports au christianisme qu’entretiennent les personnages. L’agent Comley, crucifix autour du cou, s’imagine en croisée, investie d’une mission divine. Au contraire, l’Amérindien Zeke (Ezekiel Velasco, plus ou moins dans son propre rôle) dispose – en croix ! – des bouteilles d’eau sur le sol à destination des malheureux perdus dans le désert. La distinction s’avère quelque peu schématique, mais elle a le mérite d’énoncer à quel point l’interprétation de devise états-unienne, « In God we trust », peut servir des aspirations contradictoires.

Le véritable problème de The Wall tient à ce que le film s’alourdit à mesure qu’il brosse le portrait de Jessica, comme s’il s’agissait de trouver des excuses à sa dérive violente. Cette tentation de la bavure proviendrait-elle de l’éducation raciste de son père redneck, ou encore de l’intégration de codes nécessaires pour survivre en tant que femme dans un milieu viriliste tel que la police ? Ces pistes, trop nombreuses pour être suffisamment travaillées, se fondent dans une approche psychologisante qui finit par tomber à plat. Reste la colère émanant des traits crispés de Vicky Krieps, qui auraient largement suffi à figurer l’intériorité d’un personnage sous influence, persuadé de bien faire son devoir.

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