Cukor les avait sublimées, ironisées, défendues à une époque où Hollywood ne détournait que peu les figures de la femme au premier degré… Diane English, quant à elle, reprend l’idée de Cukor ‑filmer les femmes de son temps sans regard masculin, sans même d’image masculine‑, pour en faire un navet horriblement réactionnaire et conservateur. Dans cette débilité nulle et non avenue, ces « femmes » ne sont que des caricatures de ce que l’Amérique anciennement bushiste rêve de posséder en son sein ‑refait, of course.
C’est bien simple, qu’on se le dise : la femme ne peut être définie que selon certains critères familiaux, amicaux, sexuels et géographiques. Une femme, pour Diane English, n’est donc qu’un reflet, une création. Une femme ne trouve de salut que dans la reproduction des catégories sociales. Il y a peu de place pour la demi-mesure dans ces portraits totalement clichés de ce qu’est censée être la femme américaine new-yorkaise du XXIe siècle… loin de la fantaisie parfois niaisouille de Sex and the City, encore plus loin des clichés vitriolés et crépitants des Desperate Housewives, la comédie sentimentale hollywoodienne semble être en panne de scénaristes… et surtout de regard sur la société qu’elle devrait représenter. Nous avions déjà pu déplorer, notamment dans Marley et moi, ou Bride Wars, les portraits misogynes et/ou vieillissants d’une Amérique qui ne se pense plus qu’au travers de ses piliers moraux séculaires. Nous continuons donc.
D’emblée, le programme est ici plus qu’alléchant : Meg Ryan, dont les lèvres reprennent peu à peu forme après de multiples opérations, apprend dans un salon de beauté ‑car, c’est bien connu, les manucures n’utilisent correctement que leur bouche et leurs mains- que son mari la trompe. Bouh, le vilain ! Elle va pouvoir appeler sa mère (touchante Candice Bergen au milieu des ajoncs) et ses super copines, puisqu’une femme est absolument incapable de prendre une quelconque décision en solitaire. Elle va enfin pouvoir éprouver sa liberté… le joli terme pour un sentiment si profond chez Diane English ! La liberté, pour une femme, est bien entendu celle de faire des virées à la mer, à la campagne (pourquoi pas la montagne, Diane ? les poupées libres seraient-elles allergiques au vin chaud?), de téléphoner à ses copiiiiiines, d’acheter de la lingerie et de se venger de cette horrible maîtresse qui a osé détruire un couple si beau, si riche, si épris de sa vie confortable. Meg Ryan doit changer de vie, se retrouver, faire le point, bref, faire un film. Comme c’est original : le cinéma prend les séries télé, les mâche, les recrache sous forme de… euh, bien, bon… déchets.
Dans la famille « femmes du XXIe siècle » il y a donc la femme trompée qui a tout abandonné pour son mari et va se réaliser en travaillant, parce que, tout de même, on vous le rappelle, la trahison masculine est un excellent moteur de la créativité féminine. Il y a ensuite la femme au foyer qui pond un nouveau-né tous les deux ans, parce qu’elle désire plus que tout un héritier du nom. Il y a, bien sûr, la lesbienne qui déteste les hommes ‑et visiblement, elle a raison, puisque les hommes ne sont qu’adultérins- et les bébés. Il y a enfin les mangeuses d’hommes qui ne le sont devenues que par manque de reconnaissance affective masculine : l’une s’est réfugiée dans le travail, l’autre dans la chasse au mari ‑Eva Mendes, parfaite, comme toujours, en bombe sans autre intérêt qu’une sublime chute de reins… Une femme est un corps, un fond de teint de poche ‑car la femme est mobile‑, un téléphone portable, et éventuellement une carte de crédit. Car, inutile de vous en faire grâce, les femmes se ruent sur les boutiques de la 5th Avenue en cas de pépin.
Il manque au tableau le combat dans la glaise, la soirée ciné-glaces ou la scène de ménage – « tu m’étouffes mon amour, je vais devenir célèbre, et après je pourrai t’aimer tranquillou»… rien d’autre ne nous est épargné, jusqu’au conseil classique de la meilleure amie « sois égoïste, pense à toi ma chérie ! » La femme se comporte donc comme un homme, ou reste terriblement frustrée de l’absence d’homme. Quand une femme affronte les affres de l’atrabilaire, elle ne s’habille ni ne se maquille ; quand elle pète le feu, elle va chez le coiffeur ! Michel Sardou chantait il y a une vingtaine d’années les mérites de la femme moderne en hurlant que cette dernière pouvait porter des talons hauts et être chef d’entreprise… visiblement, il a fait des émules. Diane, à quand un film sur le bon vieux temps des colonies ?