Il préfère le « réalisme » de Martin de George Romero, elle ne jure que par le spectacle de True Blood et le mélodrame de Twilight. Milo et Sophie : deux rapports au vampirisme qui structurent les bonnes intentions de Transfiguration, un film de vampire « méta » qui suit la trajectoire de Milo, un orphelin sans ami qui vit avec son frère, regarde des films de vampire et dévore régulièrement les quidams du quartier. La rencontre avec Sophie, une jeune voisine, provoque en lui un mélange d’attirance amoureuse et de réserve prudente : pour la première fois, sa condition de vampire lui pose problème. Pour autant, la réinterprétation amoureuse du mythe de Bram Stoker fait-elle nécessairement un bon film ? C’est la question que l’on peut se poser devant le premier film de Michael O’Shea. Le réalisateur américain y revendique une double originalité : prêter à la figure du vampire les traits d’un jeune Noir du quartier de Queens à New York et prendre à contre-pied la production contemporaine en défendant un traitement quasi-documentaire et dédramatisé du mythe.
Vampiriser le genre
Transfiguration s’affirme comme un film de vampire à rebours du temps : comme ses modèles (Nosferatu, Martin, Morse), Milo ne développe pas de pouvoirs spectaculaires, ne se pare d’aucun décorum, vit son vampirisme au quotidien. Ses déplacements sont lents, sa démarche rigide, son regard vide. Il évoque en ce sens l’anachronisme déjà assumé du Nosferatu de Werner Herzog, dans un ancrage historique contemporain. De fait, Transfiguration s’aventure peu en dehors de sa propre mythologie et ne cesse de répéter les mêmes références. Passionné de vidéos d’animaux, obsédé par les films de vampires, Milo est une figure fantomatique, sans volonté propre, sans drama même : si l’histoire d’amour impossible qui naît avec Sophie met en marche le récit, le dilemme manque singulièrement de force et l’attraction pour la femme ne fait naître aucune réelle tension. Refusant de filmer la tension amoureuse, O’Shea manque de capter l’érotisme indissociable du mythe depuis Murnau.
Étrangement, Transfiguration joue malgré tout avec certaines attentes du genre : en cherchant à filmer de manière réaliste la mise à mort des victimes et la succion de leur sang par Milo, O’Shea s’aventure vers une version un peu sèche d’un cinéma gore. Mais la tension que cherche à créer le réalisateur autour de ces scènes tourne court tant le scénario manque de leur insuffler le moindre enjeu, se contentant de les présenter à titre presque illustratif.
Réalisme mélancolique
Dès lors, force est de constater que, derrière son inscription rigoureuse dans une généalogie maîtrisée, le film manque de radicalité et semble se contenter d’entretenir son positionnement « amoureux » sans chercher à creuser véritablement et positivement sa place : Transfiguration pêche in fine par son rigorisme non dépassé qui le condamne à une certaine monotonie. En revanche, la sécheresse du film tire une ficelle inédite : l’errance de Milo, qui s’inscrit dans les lieux vides du Queens – un bord de route, des immeubles délabrés, une plage sale -, permet au réalisateur d’entretenir un regard documentaire sur son récit (à défaut d’un regard sociologique) tout en y inspirant une certaine mélancolie. La solitude indépassable du jeune homme n’est jamais plus tragique que lorsqu’elle est vécue à l’échelle d’une grande ville triste.