La comédie romantique américaine aurait-elle encore un avenir ? L’an dernier, Zooey Deschanel et Joseph Gordon-Levitt illuminaient (500) jours ensemble, sympathique bluette de Marc Webb qui mettait un peu de sel dans une recette devenue fadasse. On ne cesse de le répéter, mais le genre fait grise mine depuis Quand Harry rencontre Sally (1989) et Quatre mariages et un enterrement (1994), prototypes du parfait dosage cinématographique entre amour et humour. Depuis, en dépit de quelques jolies friandises, le cinéma américain s’est contenté de recycler les mêmes idées jusqu’à l’écœurement, laissant le champ libre à la télévision pour investir le domaine, parfois avec brio.
Nanette Burstein, réalisatrice aguerrie de documentaires remarqués (The Kid Stays in the Picture ; American Teen) est celle par qui le (petit) miracle arrive. On ne l’aurait pas forcément imaginée aux commandes d’un film de studio, pourtant les producteurs ont eu du nez en la recrutant : si Trop loin pour toi fonctionne aussi bien, c’est parce que la réalisatrice semble avoir pour souci constant d’insuffler du réel dans le potache, du gris dans le rose, de la vie dans les stéréotypes d’un pur produit hollywoodien. L’histoire est ultra-classique : Garrett (Justin Long) rencontre Erin (Drew Barrymore) ; ils tombent amoureux, mais Erin doit quitter New York pour terminer ses études ; les tourtereaux décident de tenter l’aventure de la relation à distance, et des tonnes de quiproquos, gags et autres retournements de situation s’ensuivent. Sur ce canevas a priori peu original, le scénariste Geoff Latulippe inscrit la crise économique au programme des réjouissances : séparé par des milliers de kilomètres, le couple se coltine les aléas d’une vie professionnelle frustrante, de la colocation après 30 ans, de l’inflation des prix dans les transports et de la crise du logement. On est loin des villas indécentes et des brushings impeccables de Valentine’s Day.
On retrouve bien sûr les incontournables de la comédie romantique américaine de ce début de siècle : les seconds rôles irrésistibles (les meilleurs potes de Garrett, la sœur et le beau-frère d’Erin), la crudité des dialogues, l’alchimie entre les deux stars (Long et Barrymore forment un couple à l’écran comme à la ville). Mais Nanette Burstein filme l’ensemble à la bonne hauteur et dégraisse au maximum pour ne garder que le strict nécessaire. Tout est affaire de dosage : Trop loin pour toi trouve le ton juste pour nous faire croire à ce qui se joue. On rit (vraiment) des gags grotesques et des vannes trash balancées par les géniaux Charlie Day, Jason Sudeikis et Christina Applegate, mais jamais au détriment de la cohérence de l’histoire et de la crédibilité des deux héros (Drew Barrymore, en particulier, est assez fondante). Rien de bien exceptionnel, en somme : Trop loin pour toi est un divertissement pop-corn qui ne révolutionne pas le cinéma, mais il a au moins la grâce de ne pas prendre ses spectateurs pour des idiots.