Un château en Espagne

Un château en Espagne

de Isabelle Doval

  • Un château en Espagne

  • France2007
  • Réalisation : Isabelle Doval
  • Scénario : Isabelle Doval, Olivier Dague
  • Image : Denis Rouden
  • Montage : Nathalie Langlade
  • Musique : Jérôme Dédina
  • Producteur(s) : Michel Propper, Pierre-Ange Le Pogam
  • Interprétation : Jean Sénéjoux (Maxime), Martin Jobert (Esteban), Anne Brochet (Emma), Ángela Molina (Louna), Lluís Homar (Luis)...
  • Distributeur : EuropaCorp Distribution
  • Date de sortie : 20 février 2008
  • Durée : 1h33

Un château en Espagne

de Isabelle Doval

Puantas navetos


Puantas navetos

Après Rire et châtiment en 2003, reçu par certains avec bienveillance, Isabelle Doval revient ici avec une comédie sur le lien profond entre deux inséparables gosses de 13 ans. Mais les parents en décident autrement, l’un d’eux doit rentrer au pays : l’Espagne. Un château en Espagne n’est pas seulement niais. Le film est émaillé d’un discours, au mieux maladroit, tout à fait douteux et nauséabond.

L’argument du film repose sur le duo constitué par Maxime « le malin » (Jean Sénéjoux), petit blondinet bien né, et Esteban « le rigolo » (Martin Jobert), fils d’immigrés espagnols. Le papa du second, préparateur physique de football (si c’est au PSG, il fallait le virer avant…), a l’occasion de rentrer au pays. Mais les copains sont tellement super copains qu’ils veulent le rester toute leur vie. Woaw quel programme ! Chez le petit Français, la maman (Anne Brochet) est toujours en deuil, adore les meubles couleurs ternes de chez Habitat, travaille tout le temps et peine à déborder d’affection. Chez les voisins de palier ibères, changement d’ambiance : on sent presque l’odeur de charcutaille dans la cuisine où règne une ancienne reine de beauté (Ángela Molina) condamnée à la paella à perpétuité. Et puis la guitare bien sûr. Dzoing dzouing, ah ces Espingouins, ils savent faire la fête ! C’est vraiment trop cool chez les immigrés : y a de l’odeur et du bruit…

Qu’est ce qui peut sauver une telle entreprise ? Ah oui, la mise en scène ! Celle-ci tente de créer un intimisme filmé à la pelleteuse et monté avec des pieds plein d’arthrose. Bon, les acteurs alors ! On pourra d’abord sur ce point mesurer tout le courage d’Isabelle Doval : « Je ne voulais pas de casting sauvage. J’avais peur de me retrouver avec deux gamins durs à canaliser. Je voulais deux enfants habitués aux codes d’un plateau de tournage, et en même temps avec une forte personnalité. » On est carrément bouleversé par cette ambition et ce risque en matière de direction d’acteurs. Le résultat : deux cabotins qui jouent à faire les comédiens, d’insupportables têtes à claques. On pourrait ajouter que Lluís Homar, dans le rôle du papa espagnol, se transforme en digne cousin, pour la finesse du jeu, de Gérard Hernandez dans Prends ta Rolls et va pointer ! (Gérard Balducci, 1981).

Et pour couronner le tout, on se demande si l’on n’est pas en train d’assister à la naissance d’un sarko-hortefisme cinématographique. On reste interdit face à l’opposition entre le petit blanc-bec fort à l’école et l’autre complètement nul. Tout comme l’idée peu républicaine du « si l’on est d’un pays, on le reste » (formulée par deux Burkinabés). Et pour finir, le destin de ce fils d’immigré qui écrit le Français comme une vache espagnole est suspendu à un jeu télévisé auquel il s’est inscrit pour éviter de rentrer au pays. Peut-être Bouygues et Bolloré inventeront-ils bientôt des émissions de télé-réalité où des immigrants gagneront le droit de rester en Sarkochie… Un château en Espagne pourrait donc être, comme beaucoup de films malheureusement, un sous-produit télévisuel pollué par son crétinisme et une simple ineptie qui aurait l’âge mental de ses deux héros. Ce n’est, malheureusement, pas le cas.

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