Dans le flot des comédies d’été, Un jour, peut-être fait preuve d’une certaine originalité dans son fondement scénaristique : reprenant un certain nombre de « nouveautés » déblayées par Little Miss Sunshine dont son actrice principale, le réalisateur inconnu au bataillon Adam Brooks tente de donner, souvent vainement, un peu de piquant visuel à une comédie légère qui ne sombre pas totalement dans le convenu.
Les enfants stars reviennent à la mode à Hollywood : pas si éloignée de la petite effrontée Shirley Temple, Abigail Breslin incarne pourtant le développement dans le cinéma de studios d’un nouveau rapport entre parents et enfants. Dans Little Miss Sunshine, la petite Olive était à l’origine du road-movie et de l’évolution de chaque personnage. Loin de la famille déjantée du film gentillet de Jonathan Dayton et Valerie Faris, Un jour peut-être met en scène une famille désunie : Will, père fraîchement divorcé de Maya, tente de convaincre sa fille que la séparation de ses parents n’est pas nécessairement la fin du monde. En demande d’explications, Maya veut savoir pourquoi l’amour s’efface, et connaître en premier lieu l’histoire de ses géniteurs. Will lui propose alors un marché : il lui racontera l’histoire des trois femmes qui ont composé sa vie, elle devra deviner laquelle est devenue sa mère. L’enfant est alors dans une position intéressante : celle de comprendre l’adulte et, en quelque sorte, d’en expliquer le comportement voire de l’aider à prendre une décision. Il est assez curieux de constater la finesse, malgré tout, de ce devoir créé ou non par l’enfant lui-même : Maya doit avoir un raisonnement bien plus mature que le sien pour entrer dans les amourettes d’adolescence et de « jeunesse » de son père, doit décrypter les rapports amoureux… mais la naïveté, et c’est le point fort de ce genre de films, permet des coquetteries de dialogues comme dans cette scène assez savoureuse ‑même si elle est classique- où l’enfant donne une leçon au père en lui demandant le mot masculin pour « traînée ».
Le problème est que lorsque l’on mise sur la personnalité d’un enfant, les adultes, s’ils ne sont pas tout aussi hauts en couleurs, semblent assez fades. C’est donc au niveau de ces derniers que l’on retrouve quelques discours moralisateurs qui jurent dans ce genre de comédies censées brosser des portraits davantage vitriolés que sucroteux. Les trois histoires d’amour naissantes sont donc mignonnes mais n’échappent pas aux clichés : la première est son amie d’enfance un peu coincée et effrayée par la ville urbaine, la deuxième est sympathique mais excentrique donc Will n’imagine pas faire sa vie avec elle, la troisième est une mangeuse d’homme qui révèle son sentimentalisme devant l’amour de sa vie, un auteur génial à succès un brin caricatural. On ne nous épargne pas non plus le discours anti-tabac, le pente dangereuse des déprimés qui boivent de l’alcool, et le chic de la réplique en français… tout cela est bien dommage, parce que le scénario comportait en son essence un duo père-fille moderne finalement trop peu exploité face à la comédie sentimentale pure. Comme Little Miss Sunshine, Un jour peut-être est un coup d’épée, agréable, qui n’en finit pas moins dans l’eau.