Le héros d’Un père à Pékin, interprété par Fan Wei, a reçu au festival de Montréal le prix d’interprétation masculine. Récompense méritée pour un acteur censé porter le film sur ses épaules rondouillettes ; car l’inégale élaboration des personnages dans ce scénario un brin artificiel attiédit une mise en scène trop occupée à coller à une histoire.
Le dossier de presse n’a pas froid aux yeux : « Réduit à un résumé succinct, le scénario d’Un père à Pékin n’est pas sans rappeler ces œuvres officielles et moralisatrices produites en grand nombre durant les décennies précédentes par la voie officielle chinoise. » Ces scenarii, en empruntant la voie dramatique du mélo illustraient « le respect absolu de la valeur du travail et de la figure paternelle (le plan final du film est assez caractéristique de ce genre de production) (…) Mais la comparaison s’arrête là. » Ouf, on a frisé le film de propagande.
Le scénario d’Un père à Pékin est emberlificoté et délibérément cruel. Du Hongjun est un gardien de parking divorcé un peu tarte, flanqué d’un fils ado typique qui lui en fait baver des ronds de chapeaux. Notre tartignole au cœur d’or est sur le point de se marier avec Xiaosong, fleuriste petite-bourgeoise, lorsque ressurgit son mari ex-taulard, un fou furieux buveur de bière. Notre bonne pâte va chercher à arranger les choses.
Premier reproche : An Zhanjun semble accaparé par un schéma narratif protéiforme et incendiaire. Le scénario du film est trop lourd, c’est-à-dire ici excessivement large et flottant. Conséquence : les personnages n’existent pas à égalité, l’accent étant mis sur le père et le fils au détriment de la fleuriste et de son trop caricatural mari.
Deuxième reproche : ce trop-plein de rebondissements va de pair avec une ambition de faire du héros une sorte de cobaye existentiel ; Du Hongjun doit travailler, reconquérir sa fiancée, se réconcilier avec un fils ingrat, éliminer un rival et faire la cuisine. C’est beaucoup pour qui n’est pas un personnage de Coline Serreau.
Par ailleurs, le cinéaste, se voulant à rebours d’un cinéma esthétisant, filme dans un style documentaire. L’effet est assez plat lorsque An Zhanjun nous trimballe à bicyclette dans les rues de Pékin. En revanche, c’est en s’attardant sur des gestes simples de la vie quotidienne que Zhanjun parvient à atteindre son but : « se confronter à la réalité sociale ». Il suffit que les héros cuisinent et mangent pour que le film, enfin, respire et accède à une authenticité loin de tout artifice scénaristique. (On passe ainsi 1h37 à gargouiller devant canards laqués, légumes découpés avec amour et mangés en un éclair de baguette).
Un espoir donc : gageons que dans son prochain film le cinéaste chinois racontera moins et contemplera plus (à quand un autre festin chinois ?).