L’adaptation française du titre original, Then She Found Me, a le mérite de poser clairement l’ambition du film : on va vous parler de la famille, valeur refuge d’un monde en perte de repères. Récitation didactique d’une morale très conservatrice, Une histoire de famille décline jusqu’à l’asphyxie références puritaines et évocations religieuses.
La réédition récente du film de Paul Newman de 1973, De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites, apporte la preuve éclatante que les films d’acteurs vedettes sont souvent accueillis avec scepticisme et sans discernement. Boudé à sa sortie, ce film retrouve aujourd’hui la place qu’il mérite, celui d’un chef‑d’œuvre enfin réhabilité. Et Newman une reconnaissance malheureusement quasi posthume. C’est donc en rangeant au tiroir ses a priori cyniques que l’on visionne le premier film de l’actrice Helen Hunt. On ne sait jamais. Malheureusement, l’évidence saute assez vite aux yeux, et ça pique.
Tout commence par le mariage d’April (Helen Hunt) avec Ben. Il est gentil, Ben, mais il a gardé une âme d’enfant et ce n’est pas ce qu’on demande à un homme raisonnable, d’autant plus quand il se met en tête de fonder un foyer. Incarnation de l’irresponsabilité, Ben se réfugie dans les jupons de sa mère au lieu d’assumer son nouveau statut. Il serait temps d’arrêter de s’amuser et de devenir enfin adulte, pense April. C’est ainsi qu’elle va s’énamourer d’un père de famille élevant seul ses enfants. Hou, la belle caution de maturité. S’ensuivent courses-poursuites sentimentales entre les trois larrons, April ne sachant pas bien quelle direction prendre. Il faut dire qu’elle n’est pas gâtée en ce moment : sa mère biologique la contacte près de quarante ans après son abandon. Récapitulons : un mariage précocement avorté plus une intrusion inattendue d’une génitrice loufoque et inconséquente. Ajoutons le fait que madame n’arrive décidément pas à tomber enceinte. Triste, triste vie. Il s’agit de mettre un peu d’ordre dans ce bazar, et vite car le temps presse, April approche de la quarantaine.
Inutile de s’appesantir sur la mise en scène, inexistante, ou les choix esthétiques, fades et sans relief. On nage en plein classicisme neutre et inoffensif, plastiquement et moralement. Classicisme rimant ici avec conservatisme : le film tourne autour de quelques mots éloquents comme la culpabilité, l’expiation, le péché, la confession ou le devoir… On pourrait filer à l’infini le champ lexical de la dévotion religieuse. Et Helen Hunt ne s’en cache pas, son héroïne place toutes ses actions sous la protection de Dieu. Pour preuve, la scène ridicule – et si redondante dans le mauvais cinéma étasunien – du rejet en bloc de la souveraineté divine (Dieu n’existe pas, regarde l’état du monde et de ma vie !) suivi par l’inévitable retour extatique vers la foi. Retour à la raison, retour à la croyance. Tous les personnages sont coupables, ont commis des fautes sur lesquelles ils doivent travailler pour devenir meilleurs, dignes de Dieu. Un message prosélytique si effrontément infusé dans le récit relève bien du cynisme le plus accompli. Le catholique Mel Gibson assume son parti pris, il le revendique même comme le fondement de son œuvre, si détestable soit-elle. Ici, la contamination de la fiction se fait plus pernicieuse mais pas moins outrancière. On comprend ainsi mieux les nombreux reports de sortie subis par le film, le distributeur se demandant sans doute s’il ne valait pas mieux le proposer directement à M6 pour la case de début d’après-midi.