© Marie-Camille Orlando / Studiocanal
Une Nuit

Une Nuit

de Alex Lutz

  • Une Nuit

  • France2023
  • Réalisation : Alex Lutz
  • Scénario : Hadrien Bichet, Alex Lutz, Karin Viard
  • Producteur(s) : Didar Domehri, Tatjana Kozar, Gwenaëlle Libert
  • Production : Versus Production, Maneki Films
  • Interprétation : Alex Lutz (Aymeric), Karin Viard (Nathalie), Jérôme Pouly (Homme club échangiste), Noémie De Lattre (La femme échangiste)...
  • Distributeur : Studiocanal
  • Date de sortie : 5 juillet 2023
  • Durée : 1h31

Une Nuit

de Alex Lutz

La nuit je mens


La nuit je mens

À l’intérieur d’une rame de métro bondée, Aymeric (Alex Lutz) et Nathalie (Karin Viard) s’insultent sans mâcher leurs mots. Il suffira d’un regard, quelques secondes après la fin de la dispute, pour qu’ils abandonnent leur différend et fassent l’amour dans un photomaton. Ces pulsions incontrôlables et inexplicables qu’Aymeric attribue à ce qu’il nomme un peu maladroitement « l’alchimie » sont au cœur d’Une Nuit. Jeter son téléphone portable dans la Seine, s’infiltrer dans un club échangiste ou fuir un restaurant sans payer : chaque décision prise par le couple semble relever du coup de tête et évoque à gros traits une liberté idéalisée. C’est que les deux amants prévoient de ne jamais se revoir. Leur échappée nocturne prend dès lors des airs de capsule hors du temps, où les actes, une fois le soleil levé, pourraient rester sans conséquence. Alex Lutz envisage cette utopie convenue comme une suite de dialogues fleuves, qui s’étirent à l’envi et se succèdent sans réellement accoucher d’une quelconque intrigue. Ces scènes, composées presque exclusivement de champs-contrechamps à la répétitivité assumée, sont au service de performances d’acteurs ponctuées de bégayements, de rires gênés ou d’hésitations troublées. Tous les deux mariés avec enfants, les amants profitent de leur rencontre éphémère pour faire le bilan de leur existence. Si leurs discussions ressassent assez banalement les grandes thématiques de la crise de la quarantaine (échec du mariage, affres de la parentalité, carrières ratées et aspirations déçues…), le film fait toutefois preuve ponctuellement d’une certaine justesse dans sa façon de dessiner en creux la vulnérabilité de ses personnages.

Beau parleur

Dans Une nuit, il est assez sommairement question de remonter le temps. Au fur et à mesure que le film progresse, Nathalie et Aymeric se débarrassent ainsi de leurs téléphones, perdent leurs portefeuilles et enfilent des vêtements d’étudiants, dérobés lors d’une soirée. Cette volonté de recouvrir une jeunesse disparue permet surtout de tenir à distance la menace d’une mort à venir, annoncée grossièrement par les flashs récurrents d’un couloir d’hôpital. Pour oublier ce drame dont la nature exacte est révélée durant les dernières minutes, les amants portent un masque, délaissent leur identité le temps d’une pièce de théâtre ou d’un jeu coquin. Le film vaut presque exclusivement pour cette façon qu’il a de déplier ces performances où la sincérité se mêle à la simulation, et où chaque intonation peut laisser transparaître une émotion susceptible d’interrompre le fil de la parole. Le contenu des échanges, dont la généralité frôle régulièrement le cliché, se voit ainsi relégué au second plan, malmené par des phrases jamais terminées ou répétées jusqu’à perdre leur signification – Nathalie et Aymeric se moquent d’ailleurs à plusieurs reprises d’une expression ridicule ou d’une tournure de phrase boursouflée.

Face à la beauté fragile de ces discussions, on ne peut que regretter les interventions d’effets plus ampoulés (quelques embrassades passionnées accompagnées de musiques tristes, la poésie forcée d’une rencontre avec un cheval…) et une mise en scène qui peine à tirer parti de décors souvent interchangeables, quitte à tomber occasionnellement dans une forme quasi télévisuelle. Les deux amants cherchent à se soustraire au monde : lorsqu’ils s’infiltrent dans une soirée étudiante, c’est pour rapidement se réfugier dans une chambre, à l’écart du groupe. Qu’ils soient dans un parc, un magasin de meuble ou un club échangiste, ils se retrouvent finalement assis face à face, plus ou moins statiques, la caméra proche de leurs deux visages. Le dispositif finit par ne plus reposer que sur les mimiques d’acteurs immobilisés et peine à figurer l’élan de liberté au cœur de leur fugue. C’est que derrière cette promesse d’une fuite adultère se cache en réalité une sage histoire de réparation : à l’issue de cette échappée, le mariage tant décrié finira, au moins temporairement, par retrouver pleinement sa raison d’être.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !