Le scénario de Niki Karimi repose sur les frêles épaules de l’actrice principale. Or, le choix glaçant de la cinéaste de faire de sa protagoniste un « témoin » et non un « juge » escamote le propos même du film : l’héroïne est interprétée de manière trop neutre pour que le spectateur puisse éprouver une quelconque empathie.
C’est l’histoire d’une jeune fille qui erre toute une nuit dans Téhéran et rencontre successivement trois types qui vont lui raconter leur vie en la transbahutant en voiture. « Je voulais qu’elle soit comme un témoin, pas comme un juge lorsqu’elle est face à trois hommes de milieux différents dans des situations différentes » explique Niki Karimi ; mais faire de l’héroïne un témoin, dans le film de Karimi, c’est le neutraliser, lui donner le simple statut de spectateur/oreille attentive sans jamais l’individuer : l’actrice n’incarne personne, peut-être une fille vaguement paumée, vaguement timide, vaguement expressive. L’héroïne est un prétexte pour provoquer le déclic-confession des trois types.
Ceci provoque cela. Karimi veut filmer et les trois types et la nuit. Quitte à filmer de manière bi-obsessionnelle : champs/contrechamps rapprochés dans les voitures ou plans d’ensemble de Téhéran endormie. Les panoramiques sont astucieux (Niki Karimi joue avec le hors-champ et les bords du cadre) mais les plans dans la voiture sont pénibles. D’abord parce que la caméra est fixe, les visages des acteurs fixes, le montage complètement figé. Ensuite parce que ça bavarde, ça bavarde, ça bavarde. Confessions maussades et un peu ennuyeuses d’hommes mornes… un vertige de parlotte : l’Iranien moyen, le médecin sinistre, le meurtrier qui n’a pas l’âme d’un meurtrier.
L’intention de Karimi (jusqu’à preuve du contraire) était de faire un road-movie pas frivole. Mais le film a ceci de curieux que jamais les personnages n’agissent. Ils se racontent… Procédé qui va à rebours de ce qu’on attend du cinéma, et surtout des road-movies. C’est justement parce qu’Une nuit se dilate sur le mode du passé qu’il patine et finit par se noyer dans la mare du rétrospectif. Du coup, qu’est-ce que ça donne un road-movie sans action flanqué d’une actrice-concept et d’une caméra témoin ? Le premier long métrage de Karimi : Une nuit.