Une trop bruyante solitude

Une trop bruyante solitude

de Vera Caïs

  • Une trop bruyante solitude
  • (Příliš Hlučná Samota)

  • République tchèque, France1995
  • Réalisation : Vera Caïs
  • Scénario : Vera Caïs
  • d'après : le roman Une trop bruyante solitude
  • de : Bohumil Hrabal
  • Image : Girolamo La Rosa
  • Décors : Martin Kurel
  • Son : Patrice Mendez
  • Montage : Jiří Brožek
  • Musique : Stéphane Moucha, Stanislas Syrewicz
  • Production : Triplan Production, Road Movies Dritte Produktionen, Etamp Film Praha
  • Interprétation : Philippe Noiret (Hanta), Jean-Claude Dreyfus (le chef), Chantal Neuwirth (Chantal, la serveuse), Jiří Menzel (le professeur), Agathe de La Fontaine (Ilonka), Vlastimil Brodský (l'oncle Albert)...
  • Date de sortie : 16 novembre 2011
  • Durée : 1h27

Une trop bruyante solitude

de Vera Caïs

À contretemps


À contretemps

Réalisée en 1994, cette adaptation du roman de Bohumil Hrabal était restée jusqu’ici invisible pour des questions de droit. Après un long combat, la réalisatrice d’origine tchèque offre au public son interprétation d’une œuvre où se mêlent amour de la littérature, autodafés et critique de la productivité. Le résultat, écrasé par ses modèles de cinéma, flirte avec le kitsch de mauvais goût, à mille lieues de l’ampleur espérée.

Derrière ce beau titre énigmatique se cache avant tout un roman, celui de Bohumil Hrabal, auteur tchèque réputé, plusieurs fois adapté par la nouvelle vague tchèque du début des années 1960. La réalisatrice, originaire du même pays, rêvait depuis des années d’en faire l’adaptation au cinéma. Autant dire que le projet avait de quoi susciter une certaine curiosité, d’autant plus que le film est resté dans les tiroirs pendant plus de quinze ans et n’a trouvé le chemin de l’exploitation qu’une fois son acteur principal, Philippe Noiret, décédé. Le sujet, également, avait de quoi intriguer : un vieil homme reclus dans une cave aux environs de Prague a pour mission de détruire tous les livres qu’on lui remet. Alors que lui prend l’envie de les lire avant d’accomplir sa mission, il est de plus en plus soumis à la pression de la productivité. Mais l’allégorie politique n’a pas la forme qu’on imagine : plutôt que de faire œuvre militante aux accents réalistes, Vera Caïs s’égare entre l’absurde et le grotesque pour déclarer son amour de la littérature et des chefs‑d’œuvre du passé dont, bien évidemment, plus personne ne semblerait mesurer la portée aujourd’hui. La rengaine du « c’était mieux avant » a donc de beaux jours devant elle.

Plus de quinze ans avant que Woody Allen n’utilise le même procédé pour son oubliable Minuit à Paris, Hanta (Philippe Noiret), de plus en plus amoureux des livres, reçoit donc la visite d’auteurs tout droit venus des siècles passés. Il rappelle à ces derniers à quel point leurs œuvres ont compté plus qu’ils n’auraient pu l’imaginer de leur vivant. Pêle-mêle, il croise donc Baudelaire, Kant et même Jésus Christ, ce qui nous vaut, au mieux, quelques scènes très kitchs, au pire, des dialogues tellement navrants qu’on se demande si la réalisatrice ne prend pas ses spectateurs pour de sombres imbéciles. Pourtant, nul doute que Vera Caïs voulait faire œuvre de légèreté derrière la gravité du propos (qui renvoie bien évidemment aux autodafés perpétrés par les nazis). Pour cela, elle imite quelques modèles : elle singe Buñuel pour son sens de l’absurde (on pense par exemple au Fantôme de la liberté) mais sans le mordant ironique, elle semble aussi revendiquer une accointance avec le cinéma slave (Kusturica) en érigeant le joyeux bordel comme nouvel ordre.

En dépit des jolies intentions de départ, le résultat est donc bien en deçà des espérances, et on ne comprend pas bien ce qui a pu motiver les distributeurs dans l’exploitation d’un film dont les partis-pris esthétiques apparaissent déjà très datés, pour ne pas dire ridicules. Du roman initial, la réalisatrice semble avoir conservé quelques bons mots mais ne parvient jamais à leur donner une articulation à l’image, se limitant à leur offrir simplement une mise en espace sans poser de véritables enjeux esthétiques. Les scènes s’enchaînent sans que le scénario ne trouve un ton spécifique, dispersant l’intrigue en scènes grivoises et personnages de second plan pas intéressants pour un sou. Il y aurait probablement eu plus bel honneur à faire à Philippe Noiret que de ressortir des tiroirs cet étrange objet qui, manifestement, ne fera pas date dans sa filmographie.

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