Un violent désir de bonheur
© Shellac
Un violent désir de bonheur
    • Un violent désir de bonheur
    • France
    •  - 
    • 2018
  • Réalisation : Clément Schneider
  • Scénario : Chloé Chevalier, Clément Schneider
  • Image : Manuel Bolaños
  • Décors : Samuel Charbonnot
  • Costumes : Sophie Bégon Fage
  • Son : Elton Rabineau, Florent Castellani, Maxime Roy
  • Montage : Anna Brunstein
  • Musique : Joaquim Pavy
  • Producteur(s) : Alice Bégon, Clément Schneider
  • Production : Les Films d'Argile
  • Interprétation : Quentin Dolmaire (Gabriel alias François), Grace Seri (Marianne), Franc Bruneau (le colporteur), Vincent Cardona (le capitaine), Francis Leplay (l'abbé), Étienne Durot (un soldat), Ilias Le Doré (un soldat), Guillaume Compiano (un soldat)...
  • Distributeur : Shellac
  • Date de sortie : 26 décembre 2018
  • Durée : 1h15

Un violent désir de bonheur

réalisé par Clément Schneider

C’est un plan du début d’Un violent désir de bonheur qui le présente sous son meilleur jour : un portrait singulier où les notions de liberté et de position dans le monde sont en jeu. La caméra, entraînée dans un travelling, semble flotter sur un cours d’eau imaginaire tout en restant braquée sur un objet fixe des plus intrigants : un jeune moine somnolant dans un arbre. Gabriel, c’est son nom, apparaît d’emblée comme un personnage à part, membre d’un groupe et cependant quelque peu isolé du monde, pas tout à fait conforme à la rigueur d’un ordre, ce qu’il ne cessera de confirmer en suivant sa propre voie, flottant entre ses contradictions, par-delà l’opposition idéologique qui fournit au film sa toile de fond et où lui-même voudrait ne pas être impliqué (« ce combat n’est pas le mien »). Nous sommes en 1792 ; le couvent du sud-est de la France où vivent Gabriel et cinq autres moines se voit occupé et réquisitionné par un régiment de l’armée révolutionnaire. Faisant fi de la prudence des siens et de la détermination des autres, Gabriel décide de rester sur les lieux pour entretenir ce qu’il croit devoir faire durer au-delà de la marche de l’Histoire (les oliviers, les murs de la chapelle), quitte à brouiller temporairement sa propre identité en troquant la bure pour l’uniforme (il finira « en civil ») et même en se laissant changer de prénom.

Le personnage de Gabriel convainc par son mystère, tandis qu’il louvoie entre deux ordres sans en embrasser aucun, obnubilé par un sacerdoce à rebours des attentes des moines et des soldats, celui de rester le gardien des lieux. Il touche moins à partir du moment où ce mystère se dissipe : resté seul ou presque (accompagné par Marianne, femme noire mutique avec qui il va former un couple), il apparaît plus clairement comme visant à conserver ce qu’il croit intemporel, dans une tentative manifeste de recréer un petit Éden (d’où un commentaire explicite d’un tiers personnage : « Ah, Adam et Ève au Paradis ? »). C’est une littéralité assez décevante à laquelle le cinéaste Clément Schneider s’exposait dès le départ et tout du long, en convoquant, dans les bouches de ses personnages et dans la musique, des œuvres contemporaines (citation de Jacques Lacarrière, chansons de Patti Smith et Marianne Faithfull…) qui, pour détonner dans le contexte historique, n’en ressortent pas moins comme une illustration maniérée de son renvoi à un esprit révolutionnaire et libertaire. Du film, on préférera retenir sa faculté de se placer au niveau d’un personnage aussi ambigu et de son regard néanmoins en découverte, de faire ressentir sa position d’observateur observé et indécis face au monde, laissant comme traces quelques plans dessinés avec doigté : un champ-contrechamp à travers un drap fendu, le surgissement d’une paire de blancs d’yeux dans l’obscurité… On reste curieux de voir comment va évoluer ce cinéaste.

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