Voie rapide
Voie rapide
    • Voie rapide
    • France
    •  - 
    • 2011
  • Réalisation : Christophe Sahr
  • Scénario : Christophe Sahr, Olivier Gorce, Élodie Monlibert
  • Image : Julien Poupard
  • Montage : Isabelle Poudevigne
  • Musique : Martin Wheeler
  • Producteur(s) : Florence Borelly
  • Production : Sésame Films
  • Interprétation : Johan Libéreau (Alex), Christa Théret (Rachel), Isabelle Candelier (Marthe), Guillaume Saurrel (Max), Élise Berthelier (Anna), Kataryna Fernandes (Jennyfer), Catherine Javelot (mère d'Alex)
  • Date de sortie : 8 août 2012
  • Durée : 1h30
  • voir la bande annonce

Voie rapide

réalisé par Christophe Sahr

Premier long-métrage de Christophe Sahr, Voie rapide sort au cœur de l’été et pourrait bien malheureusement passer inaperçu. Si le pitch – un amateur de tuning soudainement confronté à la culpabilité – avait de quoi effrayer, le résultat est une jolie surprise : loin des clichés sociologiques, le réalisateur tient son sujet à juste distance, épaulé par un trio d’acteurs au jeu tout en retenue.

On pourrait se dire qu’il y a un petit air de Belle Épine dans Voie rapide : de jeunes adultes pas encore tout à fait sortis de l’adolescence, l’ivresse de la vitesse en réponse à l’impossibilité d’exprimer des sentiments, etc. Le rapprochement est d’autant plus tentant que Christophe Sahr, avec ce premier long-métrage, fait un peu partie de la même mouvance – du moins la même génération – que Rebecca Zlotowski et consorts (Teddy Lussi-Modeste avec Jimmy Rivière, etc.). Ici comme ailleurs, le réalisateur ne laisse que peu de place pour les épanchements intimistes et préfère la rugosité de ceux qui ont fait de la débrouille un moyen de vivre en accord avec eux-mêmes. C’est de cette manière qu’il approche le couple formé par Alex (Johan Libéreau) et Rachelle (Christa Théret), parents précoces d’une petite fille de deux ans qu’ils élèvent dans une barre HLM non loin du supermarché où ils travaillent tous les deux. Elle joue les mères-modèles tandis que lui, plus mutique, se réfugie dans le tuning et sa passion des voitures. Leur quotidien bascule le jour où Alex fauche un adolescent sur une bretelle d’autoroute et prend la fuite.

La première grande réussite du réalisateur est d’avoir évité le dossier sociologique sur les jeunesses à la marge. Sans misérabilisme ni condescendance, Christophe Sahr s’intéresse au quotidien de ses deux personnages principaux, entre rêves frustrés et petites galères matérielles. Loin de se vautrer dans un naturalisme mal maîtrisé, le montage égrène les silences pour mieux souligner les malentendus persistants, amplifiés par l’abondance de gros plans sur les visages murés dans une moderne solitude. Cette bonne distance est de chaque scène, ce qui préserve le thème de la culpabilité d’arriver comme un cheveu sur la soupe ; cela permet au contraire de mieux attaquer la matière du personnage principal, Alex, resté opaque et insaisissable quand sa petite amie est un condensé à elle seule de dynamisme et de luminosité. Le malaise grandissant ne révélera finalement rien d’autre que lui-même, abandonnant le personnage principal à ses seules armes. Encore une fois, le réalisateur ne cherche aucune justification pour excuser : il n’y aura donc aucun trauma mis à jour, aucune fêlure révélée aux yeux de tous. Tout au plus comprendra-t-on qu’Alex ne bénéficie pas d’un soutien sans faille de la part d’une famille à peine esquissée et finalement sans grand intérêt.

La rencontre avec la mère de la jeune victime laisse à un moment craindre que le projet ne s’engage sur une mauvaise voie. Tant de films se sont fourvoyés dans ce petit jeu malsain de la drague morbide que l’on croit à un moment Voie rapide capable de s’écrouler sur lui-même. La confrontation d’Alex au fantôme de celui qui a trouvé la mort sur son pare-brise n’est pas faite pour rassurer dans la mesure où elle fait preuve d’un symbolisme démonstratif dont les choix de mise en scène étaient dépourvus jusqu’ici. Mais le parti-pris du réalisateur de faire de cette piste facile un non-événement en soit, soutenu par la composition tout en subtilité d’Isabelle Candelier, remet rapidement le film sur les bons rails, évitant les digressions bavardes inutiles. Ici, les personnages secondaires n’apportent aucune réponse et chacun reste abandonné à un désarroi si grand que seul le silence empathique peut être un début de réponse. C’est sur cette timide promesse que s’achève ce film bien plus lumineux qu’il n’y paraît.

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