Premier long-métrage d’Ashley McKenzie, Werewolf dépeint le quotidien d’un jeune couple de marginaux toxicomanes, entamant un programme de sevrage à la méthadone et tentant de trouver une stabilité en accomplissant quelques petits boulots. De ces deux personnages, nous ne saurons finalement pas grand-chose : de leur histoire passée aux raisons qui pourraient expliquer leurs addictions, la jeune réalisatrice canadienne n’en dira rien, visiblement peu intéressée par la nécessité de faire passer un message. C’est certainement la dimension la plus intéressante du film : ne pas chercher à inscrire son propos dans un cadre social ou à donner une épaisseur psychologique à ses protagonistes, préférer capter — avec des parti-pris de mise en scène qui prennent leurs distances avec le naturalisme habituellement de circonstance — un état, une perception du monde où se matérialisent le vide et l’attente. Au beau souvenir d’Oslo, 31 août que convoque Werewolf par son sujet et sa mélancolie discrète (sans toutefois en atteindre la force dramatique), s’ajoute le choix d’avoir tourné dans un pays nordique — ici le Canada anglophone — au plus fort de l’été : le temps semble suspendu et les corps se languissent d’ennui, renforçant un peu plus l’écart entre la force solaire des images et le désarroi intérieur des personnages.
Corps morcelés
Autant dire qu’on est ici face à un beau sujet. L’action, réduite à son strict minimum, ne se vautre dans aucune surenchère, donnant à voir une série de gestes et d’actions quotidiens où les jeunes marginaux essaient de rompre avec leur isolement : trouver un toit, gagner un peu d’argent en proposant aux particuliers de tondre leurs pelouses, etc. D’ailleurs, autour de cette énorme et vieille tondeuse que le couple se traîne de jardins en jardins, la réalisatrice construit un leitmotiv qui pourrait être intéressant : encombrant, l’objet devient le trait d’union entre les deux jeunes et une société qui ne sait plus quoi faire d’eux. Seulement, à de rares occasions leurs sollicitations aboutissent. Le plus souvent, les particuliers dont on ne voit jamais les visages les rabrouent (souvent de manière un peu poussive, pour bien insister sur le rejet anonyme dont les marginaux font l’objet) ou préfèrent leur donner de l’argent en échange d’aucun travail afin d’éviter tout problème supplémentaire. De fait, aucune trajectoire claire n’est tracée : le récit s’embourbe volontairement par moments, collé à ses personnages qui s’imaginent à peine de quoi demain sera fait. Si on peut reconnaître à la réalisatrice son choix de ne pas avoir tout misé sur une progression dramatique classique, on peut émettre néanmoins quelques réserves face à la forme : à force de décadrages savamment pensés pour morceler les corps baignés d’une lumière qui rend les visages blafards, le film finit par trahir une posture arty un peu artificielle et parfois vaine. Wherewolf aurait certainement gagné à ne pas tant ressembler à une caricature de film indépendant. Espérons que pour son second long-métrage, Ashley McKenzie aura réussi à se débarrasser de ces tics de mise en scène pour gagner en spontanéité.