Wholetrain

Wholetrain

de Florian Gaag

  • Wholetrain

  • Allemagne, Pologne2009
  • Réalisation : Florian Gaag
  • Scénario : Florian Gaag
  • Image : Christian Rein
  • Montage : Kai Schröter
  • Musique : Florian Gaag
  • Producteur(s) : Christoph Müller, Sven Burgemeister
  • Interprétation : Mike Adler (David), Florian Renner (Tino), Elyas M’Barek (Elyas), Jacob Matschenz (Akim)...
  • Date de sortie : 13 janvier 2010
  • Durée : 1h22

Wholetrain

de Florian Gaag

Going underground


Going underground

Il aura fallu quatre ans pour qu’arrive en France le premier long-métrage de Florian Gaag, pourtant distingué dans les festivals autour du monde. Une injustice toute relative, puisque qu’en dépit de grandes qualités narratives, le film n’évite pas tous les écueils du cinéma à thèse.

A wholetrain, dans la langue de Shakespeare (ou de ses héritiers, soyons justes), c’est un « train entier ». Non, soyons réellement précis : il s’agit ici d’un néologisme – et tout est affaire de langage alternatif dans Wholetrain. De la même façon que le mot n’existe pas sous cette forme en anglais, qu’il est l’émanation d’un parler des rues réservé à une caste bien particulière, le langage esthétique n’emprunte pas, lui non plus, les voies autorisées pour les protagonistes du film. Tous mis à l’écart de la marche du monde, David, Tino, Elyas et Akim sont, selon les orientations langagières, des racailles, des sauvageons, ou plus simplement de jeunes français.

Et selon un axiome bien connu, ces jeunes gens vont vouloir exprimer leur existence, autant que leur révolte, via un art mal vu, voire illégal : le tag, principalement le tag sur train. Un train entier, taggé au nez et à la barbe des autorités, voilà le défi que se lance la bande de copains – un accomplissement on ne peut plus éphémère, mais dont Florian Taag saura nous faire ressentir l’importance. Wholetrain n’est évidemment pas le premier, ni certainement le dernier, des films à poser une forme d’art transgressive comme métonymie de la révolte de la jeunesse – heureusement, le film possède d’autres qualités.

La toute première d’entre elle est de savoir construire ses personnages, de ne pas les laisser revêtus des seuls oripeaux de la caricature. Cette construction narrative s’accompagne de ce qui fait peut-être tout le prix du film : une capacité réelle à donner corps à sa société des marges. Exactement comme Christopher Zalla avec Padre Nuestro, Florian Gaag fait mine de parler d’un sujet-symbole, et parvient à construire en exergue un véritable film-monde sans avoir l’air d’y toucher. Il y a certainement plus de prix à parler de la société qui enfante des David ou des Tino qu’à revenir une énième fois sur la révolte et la passion de jeunes s’exprimant à l’orée de la légalité. Avec une esthétique réaliste, une image crue, collant au plus près à la peinture de son milieu urbain délavé, le réalisateur entrecroise les quotidiens de ses héros, parvenant à ne pas se perdre dans les méandres d’un récit à quatre têtes, avec un montage pourtant parfois épuisant.

À la différence de Zalla, cependant, Florian Gaag voit finalement sa narration s’essouffler, reprendre les chemins convenus, lorsqu’il s’agit de quitter l’ambiguïté de ses personnages pour donner dans le pathétique. Le réalisateur, pourtant parti d’une série de portraits crédibles, en demi-teinte, ne sait pas résister à la tentation de transformer un récit humain en fable morale – et par la même, bien plus simpliste. Quel besoin y a‑t-il de valider ces personnages en les justifiant par un évident, un immensément prévisible sacrifice d’un proche, sur l’autel de la simplification morale ? Réussissant à donner corps à son milieu avec une force peu commune, surtout pour le réalisateur d’un premier long métrage, Florian Gaag invalide cette puissance dans la poursuite de son récit. À vouloir trop bien faire, sans doute – d’où l’impression étrange et dommageable d’avoir deux films devant soi, dont l’un est digne d’éloges, et l’autre, tristement prévisible et ne sachant pas tirer parti de ses possibilités. Dommage.

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