Hamburger Film Sandwich
Hamburger Film Sandwich
    • Hamburger Film Sandwich
    • (The Kentucky Fried Movie)
    • États-Unis
    •  - 
    • 1977
  • Réalisation : John Landis
  • Scénario : Jerry Zucker, Jim Abrahams, David Zucker
  • Image : Stephen M. Katz
  • Montage : George Folsey Jr
  • Musique : Igo Kantor
  • Producteur(s) : Robert K. Weiss
  • Interprétation : Bill Bixby, George Lazenby, Evan C. Kim, Tony Dow, Donald Sutherland, Tara Strohmeier, Branscombe Richmond
  • Éditeur DVD : Carlotta Films
  • Date de sortie DVD : 5 juin 2013
  • Durée : 1h23

Hamburger Film Sandwich

The Kentucky Fried Movie

réalisé par John Landis

Même si Wild Side était déjà passé par là en 2005, Carlotta propose une nouvelle édition du film-culte de John Landis, agrémentée d’un making of désopilant. Grande référence pour les Nuls (au point d’en avoir repris la célèbre « Carioca » dans La Cité de la peur), annonciateur de l’humour ravageur très eighties des ZAZ (Jim Abrahams, David Zucker et Jerry Zucker, les réalisateurs du tordant Y a-t-il un pilote dans l’avion ? et ses suites plus ou moins convaincantes) qui signent ici le scénario, Hamburger Film Sandwich est bien une plus qu’une bonne blague bricolée entre copains cinéphages.

Dans Hamburger Film Sandwich (The Kentucky Fried Movie dans sa version originale), on sent en germe tout ce qui fera l’heure de gloire d’un certain pan de la comédie américaine des années 1980. Si Y a-t-il un pilote dans l’avion ?, sorti au début de la décennie, reste l’un des modèles du genre, c’est qu’il parvenait à construire une continuité scénaristique (bien qu’elle ne soit qu’un prétexte) à l’enfilade de sketchs mettant à mal certains archétypes hollywoodiens ou parodiant simplement certaines productions des années 1950 (Tant qu’il y aura des hommes, À l’heure zéro) et les plus grands succès des années 1970 (Les Dents de la mer, La Fièvre du samedi soir). Nourri par une culture cinématographique populaire et les nouveaux codes qu’elle génère, le réalisateur John Landis (à qui l’on doit au passage Les Blues Brothers), flanqué de scénaristes qui ne se sont fixés aucune limite au mauvais goût, télescope de multiples références et fait d’improbables recoupements pour faire de l’incohérence et le faux-raccord un nouveau mode d’expression cinématographique.

Sans souci manifeste de continuité, Hamburger Film Sandwich propose une vingtaine de mini-programmes, parmi lesquels de fausses bandes-annonces (Lycéennes catholiques en chaleur, Il était une fois Armageddon) pour moquer les genres en vogue de l’époque – l’érotisme et le film-catastrophe – et publicités (mention spéciale pour Le Front Unifié pour les Décédés). Mais c’est probablement lorsque les sketchs assument pleinement le parti-pris de la parodie que le film trouve sa vitesse de croisière. On pense par exemple au tordant Touchorama qui permet aux spectateurs de ressentir pleinement ce qu’il se passe à l’écran – et ce, même si la scène tourne mal – ou encore au segment le plus long du programme, Pour une poignée de yens, remake improbable du film Opération Dragon, la locomotive des films d’arts martiaux, qui revisite également de manière totalement impromptue Le Magicien d’Oz de Victor Fleming. Quel point commun entre Bruce Lee et Judy Garland, demanderez-vous ? C’est là toute l’inventivité talentueuse de Landis et des ZAZ qui officient tels des cinéphiles revendiquant sans arrogance une indiscipline ludique et créative.

Si l’ensemble est parfois inégal et le dispositif proche de l’épuisement au bout d’une heure vingt minutes, il serait dommage de réduire la proposition de John Landis à un copié-collé aux contours bricolés. Au fil des différents programmes, on voit combien le réalisateur a su se réapproprier une certaine grammaire cinématographique, jouant allègrement de champs-contrechamps à mille lieues du vraisemblable, ou encore en pariant sur le pouvoir d’évocation du septième art. Le sketch Touchorama en est probablement l’une des plus belles démonstrations : alors que nous ne voyons aucune image du film que le spectateur non-expérimenté regarde, tout l’enjeu de la scène se joue dans la répétition, une imitation grandiloquente qui défait l’original pour mieux laisser le champ libre à une imagination décalée. C’est à travers cet excès revendiqué que se dessine aussi un bel hommage nostalgique au cinéma et ses modes éphémères, une jolie manière pour le film de reconnaître avec humilité cette trivialité farfelue qui fait la singularité des plus grands fans.

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