La Femme la plus riche du monde

La Femme la plus riche du monde

de William A. Seiter

  • La Femme la plus riche du monde
  • (The Richest Girl in the World)

  • États-Unis1934
  • Réalisation : William A. Seiter
  • Scénario : Norman Krasna
  • Image : Nicholas Musuraca
  • Montage : George Crone
  • Musique : Max Steiner
  • Producteur(s) : Pandro S. Berman
  • Production : RKO Radio Pictures
  • Interprétation : Miriam Hopkins (Dorothy Hunter), Joel McCrea (Anthony «Tony» Travers), Fay Wray (Sylvia Lockwood), Henry Stephenson (Jonathan «John» Connors)
  • Éditeur DVD : Éditions Montparnasse, coll. RKO
  • Date de sortie DVD : 20 août 2013
  • Durée : 1h16

La Femme la plus riche du monde

de William A. Seiter

Bas les masques


Bas les masques

Parfait petit soldat de l’industrie hollywoodienne, William A. Seiter n’a jamais réussi à marquer l’histoire du cinéma. Méconnu aujourd’hui, le réalisateur a pourtant quelques succès publics à son actif, comme La Femme la plus riche du monde, sorti en 1934 et édité aujourd’hui en DVD par les Éditions Montparnasse au sein de sa collection RKO.

Dans les années 1930, une légende racontait que l’une des actrices de William A. Seiter s’était plainte de travailler avec le réalisateur le moins imaginatif de toute sa carrière. Le jugement peut sembler féroce, surtout quand on sait que les écuries hollywoodiennes regorgeaient à l’époque de metteurs en scène qui se contentaient d’exécuter avec application le cahier des charges qui leur était confié. Même si l’histoire semble avoir donné raison à cette actrice aux propos acerbes (serait-ce Bette Davis qui joua dans Way Back Home en 1931 ?), il serait néanmoins injuste de réduire William A. Seiter à si peu. Sorti en 1934, La Femme la plus riche du monde, en dépit de son titre digne d’un parfait Harlequin, est un étrange marivaudage lancinant loin d’être inintéressant. L’argument est assez simple : Dorothy Hunter, rescapée du naufrage du Titanic et orpheline, est à la tête de l’une des plus grandes fortunes du monde. Éternelle célibataire, elle éconduit tous les hommes qui la courtisent pour son argent, jusqu’au jour où elle rencontre Anthony Travers qui lui semble différent des autres. Afin de tester la véracité de ses sentiments, la jeune héritière décide de se faire passer pour sa propre secrétaire et s’embarque dans un périlleux jeu de rôles.

Dès les premières minutes de film, on imagine sans mal quelle sera l’issue de ce jeu de dupes puisque la finalité commerciale du projet est de répondre à une double frustration : celle du personnage principal à qui tout sourit sauf l’amour et celle du spectateur (ou de la spectatrice) qui rêverait de rencontrer le prince charmant et la fortune en même temps. Mais à une époque où la guerre des sexes et des classes sociales commençait à se régler sur grand écran à coups de screwball comedy, William A. Seiter semble se moquer éperdument de la fameuse recette. Il propose un film au rythme nettement plus lancinant qui pourrait donner le sentiment d’une certaine neutralité de la mise en scène alors qu’elle ne fait que révéler le flottement existentiel de la jeune héritière. S’il est bien question de badinage amoureux (comment ne pas penser à La Fausse Suivante de Marivaux dans ce jeu de séduction masquée ?), La Femme la plus riche du monde révèle pourtant une crise identitaire : celle d’une héroïne de roman de gare qui cherche par n’importe quel moyen à échapper à la vacuité de son existence, quitte à endosser l’identité de sa secrétaire pour espérer être aimée pour ce qu’elle est.

Sur un sujet plus ou moins similaire, le film de Seiter n’arbore pas la même cruauté psychologique que L’Héritière de William Wyler. Loin d’être aussi gauche qu’Olivia De Havilland dans le film précité, Miriam Hopkins ne compose pas un personnage qui se sait condamné d’avance. Au contraire, le tâtonnement calculateur dont elle sait faire preuve fait d’elle un moteur réel bien qu’hésitant où se confondent jeu des apparences et quête de vérité. Si le réalisateur semble parfois en retrait par rapport à son personnage principal, cette relative discrétion permet paradoxalement de faire éclore une inquiétude mêlée d’ennui. Peut-être le réalisateur ne l’avait-il pas sciemment pensé en ces termes mais le résultat est doté d’un charme certain. Cela ne suffira peut-être pas à réhabiliter le faiseur mineur qu’était William A. Seiter mais confère à sa Femme la plus riche du monde un intérêt qui justifie son édition DVD.

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