Le Sang du vampire

Le Sang du vampire

de Henry Cass

  • Le Sang du vampire
  • (Blood of the Vampire)

  • Royaume-Uni1958
  • Réalisation : Henry Cass
  • Scénario : Jimmy Sangster
  • Image : Monty Berman
  • Montage : Douglas Myers
  • Musique : Stanley Black
  • Producteur(s) : Robert S. Baker, Monty Berman
  • Éditeur DVD : Artus
  • Date de sortie DVD : 4 juin 2013
  • Durée : 1h27

Le Sang du vampire

de Henry Cass

Dr von Frankenula


Dr von Frankenula

Figure centrale du cinéma anglais des années 1960 – 70, le scénariste Jimmy Sangster est débauché loin de la Hammer pour Le Sang du vampire en 1958. Le talent et l’intelligence narrative du compère de Terence Fisher sur Frankenstein s’est échappé (1957) est tout aussi présent dans cette histoire de vampire d’une impressionnante modernité.

1958 est également l’année du Cauchemar de Dracula : l’approche du thème du vampire est, dans ce Sang du vampire, beaucoup moins romantique que dans le film de Terence Fisher, plus proche des codes de l’Universal. Ainsi le « vampire » du titre est-il pourvu de son propre serviteur bossu avec un œil mort pour faire bonne mesure (Victor Maddern, habité par son rôle), et d’un laboratoire à l’avenant. Jimmy Sangster insère également des nouveautés intelligentes – et glaçantes : un vivier de prisonniers dans lequel le vampire peut puiser, avec un systématisme et une cruauté froide qui évoquent plus les camps de la mort que la littérature gothique, ou la possibilité de « soigner le vampirisme » par des transfusions (le beau Aux frontières de l’aube de Kathryn Bigelow est donc moins original qu’il n’y paraît !).

Le récit prend son temps avant de désigner son antagoniste principal : la femme (la reine bis Barbara Shelley à ses débuts) venue chercher son futur mari, ledit futur mari, assistant forcé du vampire, voire le bossu sont au même niveau d’importance narrative, tous pourvus d’un personnage développé. Mais, évidemment, la part du lion revient à l’acteur de théâtre Donald Wolfit dans le rôle du personnage principal, « vampire » affligé d’une pathologie étrange, sorte d’hémophilie qui le contraint à subir des transfusions régulières. Choix de casting étonnant, Donald Wolfit s’adapte pourtant avec enthousiasme à son rôle, pêchant ses influences dans le style de Bela Lugosi, auquel il ajoute une bonhomie cruelle (il n’est pas obligé de saigner ses victimes à mort, et pourtant…) qu’il semble aimer à interpréter.

Avec cet étrange vampire, on est donc au croisement du film de vampire traditionnel et du mythe de Frankenstein : on perçoit ici la même capacité au renouvellement des mythes par Jimmy Sangster que dans Frankenstein s’est échappé. Historiquement, ces choix narratifs aux côtés tangibles et réalistes renforcent la force fantasmagorique du Cauchemar de Dracula, film quant à lui d’un romantisme et d’une stylisation absolus. Le Sang du vampire est d’une cruauté redoutable, renforcée par les séquences « européennes » retrouvées par l’équipe des éditions Artus, qui ne sont pas sans évoquer les éprouvantes séquences rajoutées des Chasses du comte Zaroff. Tout cela prouve la capacité redoutable de Jimmy Sangster à renifler les changements thématiques du cinéma de genre (sans parler du changement du rapport de force des genres, amorcé ici avec le personnage de Barbara Shelley, poursuivi avec force dans Frankenstein créa la femme).

Toujours prompt à agrémenter avec pertinence leurs DVD, les éditions Artus doivent être ici saluées pour la bande-son de leur menu, agrémentée de bruits étranges et spongieux, le tout étant parfaitement bis et hautement réjouissant. Alain Petit est toujours au rendez-vous pour replacer le film en contexte, et se livre ici à une petite digression sur les affres de la passion du cinéma bis qui résonnera auprès des amateurs.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !